Les NFTs ont du succès, c’est indéniable – Pianity, que l’on interviewait il y a quelques jours sur le magazine, vient de lever 6,5 millions d’euros : preuve ultime de l’intérêt qui existe pour ces nouveaux objets digitaux ne serait-ce que sur le territoire français. Ceci dit, beaucoup d’inconnues planent encore autour de leurs diverses exploitations ; certaines problématiques inhérentes à leur création et leur émission sur la blockchain sont même totalement décriées par la communauté d’artistes et d’intéressé-e-s par la question. 

Quelle place les NFTs occupent-ils dans la vie des artistes aujourd’hui ? Comment sont-ils perçus par ces dernier-e-s, ainsi que par les acheteur-euse-s potentiel-le-s ? Et quelles sont les problèmes que la communauté blockhain et artistique essaie de résoudre ?

Pour en savoir plus, nous avons sondé la toile en quête d’avis et posé des questions à des artistes qui font partie de notre entourage, avis extrêmement divisés. Une vue d’ensemble de ces avis divergents s’imposait donc à nous, et nous nous devions de vous la transmettre !

– Pianity, marketplace française de vente de NFTs musicaux. Lire leur interview ici.

Les NFTs : un levier supplémentaire de communication et de rémunération pour les artistes ?

La question de la rémunération artistique : les NFTs, une source de revenus plus sûre que les autres leviers de l’industrie musicale.

Pour bon nombre d’artistes, les NFTs sont un moyen de rémunération plus sûr que le streaming, qui, rappelons-le, ne rapporte que moins d’un centime par stream, même chez les plateformes les plus rémunératrices, comme Apple Music ou encore Tidal.

Qui plus est, le NFT est aussi un moyen pour beaucoup d’artistes indépendant-e-s de communiquer leur projet à leur communauté et de les impliquer dans leurs démarches de professionnalisation – plus que le merchandising encore, qui a un coût significatif, les NFTs pouvant être produits à coût moindre, ils constituent une source de revenus plus sûre, qui parfois peut même perdurer dans le temps et générer des revenus à moyen et long terme : sur Pianity, les reventes de NFTs génèrent même encore des revenus pour les artistes, ce qui n’est pas le cas par exemple de la revente de merchandising ou de CDs physiques.

Thérèse, qui a lancé une opération de vente de 11 NFTs d’une édition limitée d’un de ses morceaux sur Pianity, nous donnait son retour d’expérience à ce sujet.

« Je pense que la blockchain permet de décentraliser et de permettre à des artistes indépendant-e-s de pouvoir trouver des investissements là où iels auraient du mal à en trouver habituellement. Pour citer mon exemple, j’ai un projet musical qui n’a été soutenu par aucun programme d’accompagnement. Je faisais partie des finalistes du Ricard Live, mais pas de bourse comme pour le FAIR, ou un accompagnement plus long comme le Chantier des Francos ou les Inouïs du Printemps de Bourges. Je ne souhaite pas entrer en major pour plein de raisons qui sont à la fois politiques, artistiques et autres. Donc je me retrouve en indé, avec peu de moyens, et c’est vrai que les NFTs m’ont permis en assez peu de temps de financer mon projet. Les acheteur-euse-s de NFTs, c’est quelque part comme des investisseurs, qui mettent des sous dans ton projet. Et c’est un achat qui leur permettra de se faire une plus-value sur mes NFTs lorsqu’iels les revendront. Mais, en attendant, moi, en trois jours, j’ai réussi à obtenir des sous qui vont soutenir mon projet, et du coup ça me fait du bien ! Et ça me fait du bien de me dire que des artistes qui essaient de dire un peu autre chose, de sortir des sentiers battus, peuvent avoir les moyens financiers pour continuer à se développer. » – Thérèse

Les NFTs : un moyen de rapprocher les fans de leurs artistes

De la même manière que le merchandising ou la vente de CDs permettent de rapprocher les fans de leurs artistes et vice versa, les NFTs suivent cette même logique communautaire… en allant peut-être même encore plus loin. Le NFT est un moyen de rattacher non seulement un objet digital – une version inédite d’une oeuvre, par exemple – à un token sur la blockchain, mais également d’autres avantages parfois non négligeables, comme des places de concerts à vie ou encore une part des droits masters, ces fameux droits liés à l’enregistrement de l’oeuvre qui génèrent des revenus lorsqu’un enregistrement est joué, que ce soit en stream, à la radio ou encore à la télé. Ces droits, grâce à la technologie blockchain et aux NFTs – qui sont des « smart contracts », des titres de propriété qui permettent de retracer la propriété d’un objet sur le web – peuvent être partagés entre les artistes et les fans qui achètent les NFTs. Plus communautaire, on ne peut pas : l’exemple de Jacques le prouve.

Lire l’article sur l’opération NFT de Jacques : Opération dissection d’oeuvre et vente de NFTs pour le retour de Jacques !

Ceci dit, cette pratique est décriée par bon nombre d’artistes, de fans mais également de professionnel-le-s du milieu pour son manque de régulation et également son manque de compatibilité avec les moyens de répartition aujourd’hui des droits d’auteurs et des droits voisins.

Bien que des sociétés comme Bluebox s’affairent pour mettre en place des solutions pour mieux tracker les droits grâce à la technologie blockchain, un problème majeur persiste : l’absence de contrôle des NFTs émis sur la blockchain, et l’impossibilité de supprimer ce qui a été émis sur cette dernière. C’est pourquoi les NFTs, aussi novateurs soient-ils, posent beaucoup de problèmes qui se doivent d’être résolus pour ainsi devenir pérennes.

Les NFTs : un mirage qui ne profite en réalité qu’à une poignée de la population d’artistes et d’acheteur-euse-s ?

Vous l’aurez compris je pense : les NFTs attirent autant qu’ils provoquent de débats. Leurs avantages non négligeables de rapprochement communautaire et de pérennisation de la création artistique sont peut-être indéniables, mais les effets néfastes aussi bien sur la protection des oeuvres que sur l’environnement ne manquent pas d’animer la communauté artistique, et ce pour de bonnes raisons.

Droit moral & rémunération artistique : les infractions au droit d’auteur rendues durables avec la blockchain.

Le droit moral, dans le code de la propriété intellectuelle qui légifère l’industrie musicale, correspond au droit que possède et qu’exerce un-e artiste vis-à-vis de l’exploitation de son oeuvre : si son oeuvre n’est pas exploitée comme il ou elle estime qu’elle doit l’être, l’artiste possède un droit de rétractation qui permet à l’oeuvre d’être retirée du marché, par exemple. Or, avec la technologie blockchain, ce droit moral se retrouve compromis : en effet, toute oeuvre se retrouvant liée à un NFT sur la blockchain ne peut être supprimée de cette dernière – la blockchain étant un système décentralisé, cela reviendrait à demander à chaque individu de la planète de supprimer une photo précise de son disque dur, en même temps, et pour tout le monde, ce qui est en pratique impossible. Anima nous explique très bien les enjeux liés à ce problème :

« Les NFT, ce n’est pas une oeuvre, mais un token qui représente l’œuvre. Ainsi, si quelqu’un veut minter l’œuvre d’un autre artiste, rien ne l’en empêche. Tous les jours des artistes se font voler leurs œuvres numériques pour être placés sur la blockchain sous un nom qui n’est pas le leur pour faire du profit dans leur dos. C’est un phénomène tellement dérangeant que DeviantArt a du développer une IA pour reconnaître les copies et plagiats. C’est de cette manière que des dizaines d’artistes se sont rendue compte que leur œuvres furent simplement volées à l’appel du profit. » – Anima

En réaction à ces dérives qui continuent de courir, les plateformes de NFTs ont réagi… mais dans une moindre mesure.

« Les sites qui sont les hôtes de ces NFTs n’ont pas tous eu la même réaction, certains les ont délistés (sans pour autant pouvoir les enlever de la blockchain), d’autres n’ont simplement jamais répondu aux artistes, les ont bloqués sur Twitter, les laissant ainsi à la merci de ce marché. Dans la musique, récemment, le site HitPiece a réussi la prouesse de se mettre à dos la RIAA (Recording Industry Association of America) lors d’un scam qui a volé la musique de nombre d’artistes connus pour les mettre en vente. Ces scams sont nombreux, et les recours parfois impossibles. En effet, même si la blockchain garde la trace de toute transaction, il est impossible de supprimer ce qu’il y a dessus ou même de demander un recours. Ne répondant à aucune institution nationale ou internationale et libre de toute législation, la blockchain est une sorte de farwest financier impitoyable pour celles et ceux qui n’y sont pas initiés. » – Anima

Fort heureusement, des institutions et notamment les organismes de gestion collective comme la Sacem en France – qui a pour mission de collecter et répartir les revenus générés par les droits des auteurs et des éditeurs de musique – se penchent sur la question, et les marketplaces NFT, comme Pianity, sont en contact avec ces organismes. On peut espérer donc un jour une législation autour de la question du « mintage » (de l’émission) des NFTs sur la blockchain ; un vide juridique persiste à l’heure actuelle, notamment également autour de la question du type de droits que génèrent l’émission et la vente de NFTs.

La question environnementale : une réelle préoccupation à l’heure du réchauffement climatique et de la protection des ressources planétaires.

Bien que toutes les questions mentionnées plus haut font l’objet de vifs débats, la question environnementale est peut-être celle qui anime le plus les foules. Ils sont tels que la blockchain basée sur la cryptomonnaie qu’est l’Ethereum se voit soumise à des taxes nommées les « gas fee », une taxe environnementale censée compenser les effets néfastes liés au minage et à l’entretien de cette cryptomonnaie et de cette blockchain.

L’impact environnemental d’une cryptomonnaie se calcule notamment par rapport à sa fréquence d’achat et son volume sur le marché. En somme, plus une cryptomonnaie circule et plus il y a de « coins » qui circulent sur le marché, plus elle sera énergivore. Le coût environnemental d’un seul NFT se cumule donc avec le coût nécessaire à la production des jetons qui permettront d’acheter le NFT… selon le New York Times, la production d’un NFT – sur une plateforme comme Opensea, leader sur le marché – s’évaluerait à une empreinte carbone équivalente à celle réalisée par une voiture roulant 800km !

« La création d’un NFT standard s’accompagne d’une impressionnante empreinte carbone. Selon le New York times, la production d’un seul NFT représenterait plus de 200 kilos de gaz carbonique, l’équivalent d’un trajet d’environ 800 kilomètres d’une voiture à essence américaine classique. » – Journal du Net

Et les artistes, premier-e-s concerné-e-s par les NFTs musicaux, ne sont pas sans savoir ces informations. Anima nous l’expliquait justement :

« Pour le côté environnemental, beaucoup diront que “c’est quasi réglé”, “l’Ethereum sera bientôt viable”, sans jamais préciser quand, surtout au vu du nombre de nouvelles cryptos qui surgissent chaque année. Il faut des “fermes” de GPU pour “miner” de la crypto, qui sont la base de négociation des NFTs. Ce qui consomme une énergie monumentale. Avec cette vidéo de Wired (https://www.youtube.com/watch?v=x9J0NdV0u9k) vous pouvez vous rendre compte de la puissance monumentale, toujours nécessaire aujourd’hui pour faire fonctionner cet écosystème. Sans jamais de réponse précise des plébiciteurs de crypto, nous ne savons toujours pas quand le coût énergétique des crypto descendra au minimum. » – Anima

L’impact environnemental de la blockchain s’ajoute aussi à une question d’accessibilité ; le coût d’un NFT est variable : il est soumis à la volatilité du marché de la cryptomonnaie. Il devient alors encore plus difficile de naviguer ce marché pour les quelques personnes qui souhaiteraient investir dans ces nouveaux objets. Certain-e-s artistes le savent également, et c’est ce que nous disait Thérèse :

« Il n’y avait pas d’avis réellement critique à l’époque sur la question, je trouvais que les gens étaient beaucoup moins critiques que moi sur la question « éthique » des NFTs, et politique – à savoir la question éthique et environnementale, et aussi économique, au sens de la spéculation. » – Thérèse

Les artistes sont donc conscient-e-s de l’impact global et néfaste que les NFTs peuvent avoir sur le monde environnant, et la question de l’accessibilité – pour ne pas dire de la compréhension de leur utilité et de leur nature même – se pose au quotidien chez les artistes qui décident de se lancer dans leur production.

La question de leur accessibilité : peut-être la question la plus difficile aujourd’hui à l’heure des évolutions technologiques.

Bien que les médias et la communauté digitale parle des NFTs, beaucoup de fans qui suivent leurs artistes préféré-e-s ne savent pas encore ce que sont les NFTs. Lorsque nous discutions avec notre entourage, et notamment avec Thérèse, Fred Chapelier ou encore Pierre Callet, fondateur de Get The Sound, la réponse était souvent la même : la communauté qui les suit ne connaît que mal ces nouveaux moyens de communication et de rémunération artistique.

« La majorité d’entre elleux ne savaient pas ce que c’était. Certain-e-s trouvaient ça plutôt chouette que je me lance dedans ! C’était des gens qui sont friand-e-s de nouveautés, de nouvelles technologies, ce genre de choses. […] Il y a une infime partie qui comprend de quoi il s’agit, quand on parle de NFTs, et une autre pas tellement. Donc j’ai tenté de l’expliquer aussi clairement que je pouvais. Et il y en a pour qui c’est vraiment très abstrait, la blockchain. » – Thérèse

« J’avoue que je n’avais moi-même jamais entendu parler des NFTs il y a encore trois mois et c’est pareil pour le public. Pour l’instant, ils ont beaucoup de mal à comprendre de quoi il s’agit réellement. Encore une fois, tout ça est frais, ça demande à mûrir. » – Fred Chapelier

« Difficile à dire, mais je pense que notre audience n’est pas plus ou moins initiée qu’une autre sur le sujet. Nous arrivons à un stade où la blockchain, et l’univers des NFTs se démocratisent de plus en plus. L’enjeu aujourd’hui est éducatif, car beaucoup entendent parler des NFTs via les réseaux sociaux ou autre, sans comprendre réellement de quoi il s’agit. Donc c’est toujours très compliqué de définir le niveau de maturité de notre audience et de notre communauté sur le sujet. » – Pierre Callet, Get The Sound

Ce manque de compréhension – que l’on peut supposer globalisé, compte tenu de la diversité des audiences de Thérèse, Fred Chapelier et Get The Sound – fait que la question de l’accessibilité des NFTs se pose, en dehors même de leur difficulté d’achat, qui demande de comprendre le fonctionnement des plateformes d’échange de cryptomonnaies, d’ouvrir un portefeuille, d’échanger de la devise contre de la cryptomonnaie, et ainsi pouvoir acheter un NFT. Lorsque l’on réalise la difficulté d’achat et le coût intrinsèque de ces NFTs, vendus souvent pour la plupart pour plusieurs centaines, milliers voire dizaines de milliers d’euros, il est difficile de juger à quel point la communauté qui soutient les artistes qui vendent des NFTs se retrouve réellement à acheter ces derniers… la preuve en est que les acheteur-euse-s des NFTs de Thérèse et de Fred Chapelier ne sont même pas connu-e-s des artistes !

« Je consulte régulièrement les notifications que je reçois dès qu’un exemplaire est vendu et je m’aperçois que pour l’instant, je ne connais absolument personne parmi les acheteurs. » – Fred Chapelier

« Je ne sais pas trop qui a acheté mes NFTs, ce ne sont pas des personnes que je connais, je ne pense pas que ce soit des personnes qui me suivent sur Instagram, ou sur YouTube. J’ai plutôt le sentiment – mais peut-être que je me trompe – que ce sont des collectionneur-euse-s, des investisseurs, qui sont par ailleurs probablement allé-e-s vérifier mes réseaux pour s’assurer de ma « cote », tout simplement. » – Thérèse

Le manque de compréhension autour des NFTs réside aussi dans le fait que pour en acheter, il faut souvent ouvrir ce que l’on appelle un « wallet », donc un portefeuille de cryptomonnaies, ce qui demande des connaissances du marché de la crypto. C’est pourquoi certaines plateformes, comme Pianity, oeuvrent à la démocratisation de l’achat des NFTs, en proposant notamment de les acheter simplement avec sa carte bleue.

Rares cependant sont les initiatives qui vont en ce sens : les NFTs, comme les objets collectors vendus plusieurs dizaines voire centaines de milliers de dollars aux enchères, resteront-ils seulement entre les mains de l’élite, rendant l’effet de rassemblement communautaire des NFTs presque dérisoire ?

En somme : les NFTs, révolution en marche ou folie passagère ?

Pour répondre à cette question, nous nous en sommes remis aux artistes que nous avons sollicité-e-s pour ce reportage. Lorsque nous posions la question à Thérèse de l’utilité des NFTs et son avis sur l’intégration de la technologie blockchain au business model des artistes de l’industrie musicale, sa réponse était plutôt claire : les NFTs ne sont pas une révolution, ils ne viennent que s’ajouter à un business model d’une industrie qui spécule déjà sur l’art. Son avis sur l’impact environnemental est également optimiste :

« Je trouve que ça a le mérite d’exister. Je ne suis pas le genre de personne à diaboliser ou à encenser un nouveau marché, ou des nouvelles techniques de vente. Je suis quelqu’un de plutôt pragmatique, optimiste, et du coup de libéral modéré, j’ai envie de te dire. Je n’ai pas un regard moral à poser dessus. En revanche je me pose des questions sur mon éthique, en tant qu’utilisatrice. D’abord au niveau environnemental, parce que pour miner de la crypto ça nécessite des machines superpuissances qui font des calculs, et je pense que la planète souffre suffisamment comme ça. Et d’un autre côté je me dis que la démocratisaiton du minage peut aussi pousser des boîtes à miner de façon plus propre. C’est le cas apparemment d’Arweave, la blockchain sur laquelle Pianity s’est fondée, qui serait 100x moins énergivore et donc moins polluante que l’Ethereum. Et ensuite, je pense que la blockchain va intégrer tous les milieux : on se pose souvent la question de est-ce que la spéculation doit s’étendre à l’art, par rapport justement à l’existence des NFTs. Et j’ai envie de dire que créer une « industrie » de la musique ou une « industrie » de n’importe quel autre art, c’est déjà en soi spéculer dessus, et c’est utiliser l’art comme un produit du capitalisme. Donc ça ne change pas grand chose ! Mais, ça décentralise le pouvoir, la manière dont a été pensée la crypto, ce qui est une bonne chose pour les artistes indépendant-e-s. » – Thérèse 

De son côté, Pierre Callet de Get The Sound se montre très optimiste et y voit une réelle révolution :

« L’arrivée de la technologie blockchain et tout ce qui s’en suit, est en passe de révolutionner l’industrie musicale. Beaucoup de projets émergent chaque mois – c’est parfois compliqué à suivre, mais c’est super excitant. Et les artistes indépendants sont et seront les premiers gagnants selon moi. Que ce soit par la simple vente de NFTs, par la refonte totale du système de répartition des royalties, du live ou de l’intégration de l’audience dans l’équation, tous les secteurs de l’industrie musicale sont en passe d’être touchés par cette “révolution”. Je ne serai pas surpris de voir beaucoup d’acteurs traditionnels rater le virage et disparaitre dans les années à venir. » – Pierre Callet, Get The Sound

Anima, quant à lui, soulève un point fort et qui mérite réflexion : le fait qu’il est d’ores et déjà possible de soutenir financièrement un-e artiste sans avoir recours aux NFTs :

« Les manières de “redonner le pouvoir aux artistes” sont nombreuses et existent déjà. Par système de don, de partage, les concerts, le merch et autres. Les NFTs ne bénéficient pas aux artistes, ils ne reproduisent qu’un système déjà en place où un petit nombre récolte la plupart des bénéfices et des richesses pour ne jamais les redistribuer. J’aurais pu ici aussi parler du fait que seul de très gros artistes font des profits énormes avec les NFTs ou comment les minorités se retrouvent rejetées de la communauté, mais il n’y a qu’à voir le dégoût et le rejet que suscite cette nouvelle folie spéculative par les musiciens de la scène indépendante, toujours fer de lance du futur de la musique mainstream, pour s’en rendre compte. L’ère du streaming a déjà fait des dégâts avec les mêmes pratiques frauduleuses, cela m’étonnerait que cette folie dure. » – Anima

Quoi qu’il en soit et quels que soient les avis émis sur la question de la blockchain et des NFTs, ces derniers n’en sont encore qu’à leurs balbutiements, et il est difficile de contrôler leurs émissions – d’autant plus que la technologie blockchain ne permet aucun retrait ni suppression des plateformes qui l’utilisent. Entre vides juridiques et division des opinions, difficile de se projeter sur l’avenir de ces nouveaux objets digitaux ; une prise de conscience globale sur leur existence, leur fonctionnement ainsi que leur impact environnemental se fait sentir. Côté administratif, la Sacem et bon nombre d’acteur-ice-s de l’industrie musicale s’y intéressent : on peut croire qu’une forme de réglementation, de documentation et de démocratisation est à l’oeuvre au sujet de ces tokens non fongibles. Affaire à suivre !


Merci à Thérèse, Fred Chapellier, Pierre de Get The Sound et Anima pour vos retours d’expérience et vos témoignages ! Vous pouvez les suivre sur Instagram en cliquant sur leurs noms.

Pour lire la première et la deuxième partie de notre reportage sur les NFTs, rendez-vous sur la page « Reportages« .

About the Author: Cloé Gruhier

Rédactrice web depuis plusieurs années, j'ai une passion prononcée pour les musiques électroniques et alternatives. Des envolées synthétiques de Max Cooper aux mélodies et textes introspectifs de Banks, mon radar détecte les nouveautés des scènes indépendantes françaises et internationales, et ce entre deux stratégies de communication pour des labels et artistes indépendants !