TIDAL : une plateforme de streaming populaire aux Etats-Unis mais qui peine à prendre des parts de marché ailleurs dans le monde. Enfin, peut-être plus pour longtemps ! Vous vous souvenez des dernières annonces de SoundCloud, qui officialisait en début d’année son passage au modèle de redistribution des royalties dit « user centric », un modèle défendu par Deezer depuis plusieurs années ? TIDAL emprunte le même chemin que cette dernière, et plus encore.

Au programme des récentes annonces divulguées par la plateforme, on retrouve notamment l’introduction d’une formule gratuite de son abonnement – une première pour TIDAL – mais également un grand bouleversement de la manière dont elle redistribue les revenus de ses abonnements aux artistes présent.e.s sur son service. Avis donc aux artistes comme aux auditeurs ayant réellement envie de soutenir ceux & celles qu’ils écoutent.

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– capture d’écran montrant l’interface de la plateforme de streaming TIDAL

Une formule gratuite : TIDAL s’essaie au modèle freemium sur le marché américain.

Depuis son lancement en fin d’année 2014, TIDAL n’avait jamais opté pour le modèle que Spotify et Deezer ont mis en place au fil des ans : celui de l’abonnement gratuit et de l’abonnement payant. L’abonnement gratuit, qu’on appellera parfois « freemium », donne accès à l’entièreté du catalogue de la plateforme (qui se chiffre à plusieurs dizaines de millions de titres), moyennant non pas quelques euros par mois, mais quelques coupures publicitaires régulières. TIDAL, quant à elle, compte pour le moment offrir à ses futurs souscripteurs une formule gratuite sans publicité… « pour l’instant ». Pour le moment, seules quelques coupures incitant au passage aux formules payantes se feront entendre de temps à autre.

Pourquoi souscrire à un abonnement payant si l’on peut avoir accès à tout gratuitement sans publicité ? La plateforme apportera quelques limitations à sa formule gratuite : si vous utilisez TIDAL sur mobile, vous ne pourrez « skipper », soit changer de titre sans avoir fini d’écouter le précédent, que six fois par heure. Le nombre de « skips » devrait être quant à lui illimité sur ordinateur. Il en va de même pour l’écoute hors connexion, la lecture de paroles en temps réel ou encore le téléchargement de ses titres favoris : ces dernières fonctionnalités seront accessibles uniquement pour les utilisateur.ice.s premium, comme pour le reste des plateformes leaders.

Dans un autre registre, TIDAL est connue pour offrir à ses auditeur.ice.s une qualité audio bien supérieure à celle de Spotify, Deezer ou encore Apple Music pour ne citer qu’elles. Sa formule gratuite, cependant, restera sur une qualité moyenne (chiffrée à 160 kbps, supérieure tout de même à celle de Spotify qui est de 128 kbps en version gratuite). C’est une qualité audio bien inférieure à celles proposées sur ses formules payants, qui s’apprête d’ailleurs à se décliner en deux versions : une HD, nommée « HiFi », et une ultra HD, nommée « HiFi Plus ».

Cette formule gratuite sera accessible dans un premier temps aux Etats-Unis et sera progressivement mise en place dans les 61 autres pays dans lesquels TIDAL est implantée.

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– capture d’écran issue du site IGEN qui développe les évolutions des offres payantes de TIDAL.

On constate que le modèle « HiFi Plus » a pour slogan « vos écoutent comptent », et pour cause : TIDAL change son modèle de rémunération pour offrir aux artistes une rémunération plus juste, et renforcer le lien entre l’artiste et le fan qui lui reversera réellement les revenus de son abonnement.

Un petit pas pour TIDAL, un grand pas pour les artistes : le modèle de redistribution des revenus change…

C’est peut-être là la plus grosse annonce de TIDAL : la plateforme va rémunérer directement les artistes, « sans passer par la case maison de disque », comme le cite le magazine Tsugi. Et ce changement de mode opératoire s’accompagne d’un passage du modèle « market centric » (rémunération au pro-rata) au modèle « user centric », donc à la rémunération directe fan-artiste. Pour faire simple : en tant qu’utilisateur.ice, si vous écoutez seulement 4 artistes, les revenus générés par vos écoutes iront directement à ceux & celles-ci. Ce système sera mis en place pour une partie des abonnements dès l’année 2022, soit dans quelques mois seulement.

Mais TIDAL ne s’arrête pas là : la plateforme compte également implémenter une « redistribution directe artiste » qui permettra de voir jusqu’à 10% de son abonnement aller directement à celui ou celle que l’on a le plus streamé sur le mois (à noter que, si l’artiste a un entourage artistique et professionnel, ses revenus seront partagés avec ses différents ayants-droit, label, éditeur.ice, manager.euse, le cas échéant). L’application permettra, dans l’onglet « Mon activité », de voir le nombre de streams que l’utilisateur.ice a généré.e pour chaque artiste écouté.e.

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– capture d’écran issue du site IGEN montrant la nouvelle interface de TIDAL et la répartition de l’abonnement d’un.e utilisateur.ice en fonction des artistes qu’il ou elle écoute.

Et alors que l’on vit dans une ère où l’on prône la transparence, le fait que TIDAL offre cette option à ses utilisateurs.ice.s qui, sur d’autres plateformes, ne savent pas comment est redistribué l’argent de leur abonnement, marque un point de plus contre ses plateformes concurrentes.

Similaire à TIDAL : SoundCloud devient la première plateforme à payer ses artistes en fonction de leurs écoutes.

… enfin, seulement en partie.

Eh oui, il y a tout de même un hic et pas des moindres : cette option ne sera accessible que pour sa formule la plus chère, à savoir la formule « HiFi Plus » à 19.99€/mois ; l’autre formule d’abonnement – moins chère, et donc celle qui sera plébiscitée par le plus d’utilisateurs – restera sur le modèle classique, qui redistribue les revenus des abonnements selon la part de marché de chaque artiste sur la plateforme. Dommage, surtout lorsque l’on sait que de plus en plus d’utilisateurs s’intéressent à la rémunération des artistes qu’ils écoutent !

À lire aussi : Spotify entend promouvoir les artistes présents sur sa plateforme… au prix d’une partie de leur royalties.


Plus d’informations sur les changements à venir chez TIDAL sur leur site internet.

About the Author: Cloé Gruhier

Rédactrice web depuis plusieurs années, j'ai une passion prononcée pour les musiques électroniques et alternatives. Des envolées synthétiques de Max Cooper aux mélodies et textes introspectifs de Banks, mon radar détecte les nouveautés des scènes indépendantes françaises et internationales, et ce entre deux stratégies de communication pour des labels et artistes indépendants !