Il y a d’un côté les musiques savantes, réfléchies et à l’approche presque scientifique ; de l’autre côté se trouve les musiques instinctives, brutes, fruits d’expérimentations au coeur du laboratoire qu’est le studio d’enregistrement. Parmi cette dernière catégorie, on retrouve un trio lillois situé à la croisée des genres : un trio nommé Temps Calme. Ce groupe au pseudonyme mystérieux mais porteur de sens se laisse porter par les sonorités composées ci et là sur des guitares comme des claviers, des expériences sonores qui les ont amenés récemment à reprendre le thème du générique de Knight Rider, une reprise qui vient prolonger l’expérience d’un album sorti l’année dernière et intitulé « Circuits ». Afin de mieux comprendre la démarche artistique du groupe et de parler de leur récente sortie, on en a profité pour leur poser quelques questions lorsqu’on les a croisés entre deux concerts au Crossroads Festival !

1. Hello Temps Calme ! Est-ce que tu peux te présenter en quelques mots pour ceux qui ne vous connaîtraient pas encore ?

Olivier : Alors, on est un trio qui est défini comme de la pop un peu psyché ! Nous on sait pas trop se définir donc on prend ce qui vient (rires). Donc on est un trio de trois musiciens… humour, donc ! On est un trio lillois, on a sorti un EP en 2019, puis un album en 2020 il y a quelques mois, presque un an. Moi c’est Olivier, guitare chant.

Samuel : Moi c’est Samuel, au clavier/chant !

Nicolas : Et moi je suis Nicolas, batteur/choeurs.

2. Alors justement, vous évoquiez le fait que vous ne savez pas trop vous situer musicalement parlant, je trouve que vous êtes un peu à la croisée des genres, mais je vois aussi que vous avez une appétence pour l’univers des années 80. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur ce qui vous inspire au quotidien quand vous composez ?

Olivier : Alors, ce qui nous inspire… alors c’est une question à laquelle je peux difficilement répondre, mais je pense que le côté « dream pop », je pense que c’est un peu dans notre personnalité, et ça se transmet dans la musique. Au niveau des inspirations… on écrit la musique avant les paroles, donc ce ne sont jamais les paroles qui inspirent le morceau, mais plutôt l’inverse. L’instrumental inspire un texte.

3. Et est-ce que les films, ou ce que vous entendez au quotidien, des conversations que vous avez vous inspirent parfois, ou est-ce au contraire très spontané ?

Samuel : C’est spontané, et bêtement « musical », ça peut être une suite d’accords en jouant, ou un son ! C’est très terre à terre.

Nicolas : Après, ça peut être le cas effectivement des films, et parfois ça peut être juste une image. Des fois je découvre un photographe et je tombe amoureux de son boulot, et c’est pareil c’est toujours des choses assez éthérées qui inspirent. Et des fois, quand j’écoute un morceau, il peut y avoir juste un son de basse, ou deux notes de clavier, et tu te dis « ah, y a quelque chose de cool là dedans ».

Samuel : C’est vrai, en écoutant d’autres choses, tu te dis « ah j’aime bien ce petit truc là » !

Olivier : Mais il n’y a pas une source particulière.

4. Et je vois que vous êtes revenus sur le devant de la scène avec un titre récemment, qui est une reprise de K2000, donc l’univers est assez cinématique, assez planant, avec un peu d’électronique aussi : qu’est-ce qui vous a donné envie de proposer votre version de ce titre ?

Olivier : Bah toujours l’humour (rires) ! C’est un vote, c’était démocratique ! On a fait un vote, on a chacun donné nos morceaux qu’on aimerait reprendre, et ça été évident quand K2000 est apparu dans la ligne des votes. On s’est dit « mais oui, trop bien, c’est ça qu’on veut faire ». C’est Sam, je crois, qui a proposé ce titre.

Samuel : Oui, c’est un peu né d’une blague, c’était pendant le couvre feu je crois, où on se demandait quoi faire pour sortir un titre, et on s’est dit de faire une reprise, avec un clip, et puis ça nous « occupera » en quelque sorte.

Nicolas : Et ça a pris plus d’ampleur qu’on ne le pensait finalement.

Samuel : Oui on nous a dit « mais attendez, vous sortirez ça plus tard », donc ça devait sortir en janvier, février… un peu à l’arrache.

Nicolas : On voulait le mettre sur notre Instagram et notre Facebook, mais notre éditeur et manager nous a dit « surtout pas, attendez le bon moment, on prendra un attaché de presse », et en fait il a eu raison ! (rires)

5. Et il est d’ailleurs accompagné d’un clip à l’esthétique elle aussi datée, qui rappelle d’ailleurs les productions filmées en Super 8 et la série Stranger Things. Est-ce que ce sont des images qui vous sont venues en tête en composant ou est-ce que l’idée créative est venue plus tard ?

Olivier : En fait, la reprise a été enregistrée quand on était en résidence au Grand Mix (une salle de concert de la ville de Tourcoing, ndlr), et ensuite on s’est dit qu’il fallait qu’on tourne le clip. On voulait que ce soit drôle vu qu’on vivait une période vraiment pas drôle, et on a un copain qui a une Super 5, qu’on a fini par emprunter à Seb – donc merci Seb (rires) – et pour continuer sur notre lancée, on voulait le tourner sur un caméscope donc on a emprunté là aussi un caméscope à cassettes !

Nicolas : On voulait que ce soit DIY en fait !

Olivier : Ouais, donc on a fait ça que tous les trois donc ça a donné des plans où on mettait de la mousse sur le capot de la voiture, on sanglait le caméscope et on roulait à fond !

Nicolas : Et ça Fred le sait pas !

Olivier : Non mais on lui a rendu en bon état son caméscope ! (rires) Je ne sais plus combien de temps on a passé à tourner, on a passé quelques jours avec la Super 5.

Samuel : Je crois qu’on a fait deux jours de tournage !

Olivier : C’est ça ! Et ensuite Nicolas a eu l’idée de faire des masques, donc on a fait des masques, et on est allés comme ça d’idée en idée.

Nicolas : C’était improvisé mais quand même organisé.

6. Effectivement je trouve les images très esthétiques ! Et je me demandais justement si c’était une idée que vous aviez eu auparavant pour un autre morceau et que vous aviez décidé d’exploiter maintenant, ou pas du tout ?

Olivier : Bah maintenant on se demande si on va pas continuer dans cette direction parce que le premier clip qu’on a sorti – c’était pour « Aquafalling » – c’était un montage de plein de vidéos de gens qui plongent, parce que ça tombait sous le sens. On a trouvé des vidéos libres de droit à gauche et à droite, mais on se disait que c’est très compliqué de faire ce genre de montage parce que c’est dur de ne pas forcément avoir les images que tu veux. Et pour cette reprise, on ne voulait pas trop dépenser, on voulait tout faire nous-mêmes, donc on s’est dit « qu’est-ce qu’il nous faut ? » et la réponse c’était une caméra, du temps… alors du beau temps ç’aurait été bien parce qu’il faisait super froid, on l’a tourné en février à Bondues sur l’aérodrome, et un peu dans la campagne de Vincennes.

Nicolas : Et on avait même dû faire faire des autorisations pour sortir des 10 kilomètres de restriction parce qu’on a fait ça pendant le deuxième confinement, on avait carrément des autorisations de tournage ! En tout cas on s’était dit de faire ça à l’ancienne avec une vieille caméra sur bande – alors c’est de la bande numérique mais bon.

Olivier : Après c’est Nicolas qui a fait le montage.

Nicolas : Oui on a tout fait en interne.

Olivier : Y a juste l’étalonnage qui a été fait par un copain, il a remis une couche d’aspérités sur ce qu’on lui a donné (rires).

Nicolas : On voulait pas faire du super HD, on voulait un zoom façon Michel Gondry, enfin ce sont des choses qui nous parlent.

Samuel : Mais c’est vrai que c’était très spontané et peu réfléchi ! On se disait toujours « et si on faisait ça, ou ça ? »

Olivier : Et pour la scène avec le vélo, j’avais juste laissé le vélo de ma fille dans le coffre, et du coup Samuel est monté dessus (rires)

Samuel : Oui mais comme c’est bien monté ça fonctionne bien !

Nicolas : Quand on avait tous les rushs c’est ce qu’on s’est dit, il fallait qu’on trouve le bon rythme, on avait pas mal d’images et puis la musique c’est pas de la techno, c’est quelque chose d’atmosphérique donc il fallait trouver le bon rythme et il fallait que ça fonctionne avec les incrustations qu’on a faites – et les effets spéciaux je dirais pas comment je l’ai fait parce que c’est secret (rires). En tout cas on s’est bien marrés !

7. Et juste avant cette sortie, vous avez sorti un album l’année dernière dans une vibe très art rock aux accents psychédéliques, mais ce qui m’a surtout surprise c’est son côté cinématique : est-ce que la musique de film est quelque chose qui vous attire ou vous inspire, d’une manière ou d’une autre ?

Olivier : Alors Samuel et moi on compose de la musique pour le spectacle vivant et on fait de la musique à l’image, donc je pense que c’est pour ça, on a l’habitude qu’il y ait une narration.

Samuel : Oui c’est ça nos morceaux c’est pas « couplet/refrain/couplet/refrain », ça peut très bien partir d’un endroit pour aller ailleurs.

Olivier : Oui c’est assez libre, donc oui la musique de film nous inspire parce qu’on en fait.

Nicolas : Je ne sais pas si tu as vu le clip de Emie ? C’est un clip qui se passe dans l’espace, et quand on voulait faire un clip pour ce morceau on a travaillé avec un pote qui fait du montage et qui est fan de cinéma, et je venais de revoir « 2001 : L’Odyssée de l’Espace », alors on est pas Kubrick non plus, mais ça a inspiré des choses. Quand je lui ai dit que j’aimerais qu’on fasse un truc sur l’espace, il nous a fait une première proposition et j’ai trouvé que c’était canon parce que ça me faisait penser à tout cet univers, à tous ces grands films sur l’espace, sur l’univers, et ça marche bien. Donc il y a forcément quelque chose avec le cinéma, c’est très présent.

8. Et tu évoques cette idée de narration, quelle était l’histoire que vous aviez en tête quand vous composiez cet album ? Est-ce que l’idée était prédéfinie ou est-elle venue au fil de la composition des morceaux ?

Nicolas : Alors il n’y a pas vraiment d’histoire.

Olivier : Après l’album s’appelle « Circuit », donc il y a un nom particulier, mais ça parle surtout du circuit qu’on n’a pas traversé.

Nicolas : Oui, puis il y avait cette idée d’analogique… mais chaque morceau raconte une histoire, et l’idée qu’on a d’un morceau c’est que chacun y prend ce qu’il a envie de prendre. À tel point que même notre nom, Temps Calme, y a des gens qui pensent que c’est en rapport avec la sieste des enfants en maternelle, d’autres qui pensent que c’est le temps calme après la tempête, ou avant la tempête… on écrit des choses assez psychédéliques, dans nos textes on ne dit jamais que « c’est bleu » ou « c’est noir » ou « c’est rose », on y évoque plein de choses, ça raconte une histoire, et puis chacun y pioche ce qu’il a envie d’y piocher.

Olivier : Oui, il n’y avait pas un thème qui traversait complètement l’album, mais quand on a monté la tracklist, on a essayé de connecter les morceaux les uns entre les autres, mais on aurait pu les placer différemment. Ça aurait peut-être raconté une autre histoire pour quelqu’un d’autre !

Samuel : L’album n’a pas été pensé dans son ensemble à l’origine, en tout cas.

Nicolas : Puis on avait pas assez pour le deuxième album, c’était en réflexion de faire une sorte de concept album. Finalement, on a fait d’autres morceaux, on leur a donné des noms qui n’existeront peut-être plus après…

Olivier : Pour le moment c’est très animal, animal coloré !

Nicolas : Et bah voilà, un titre d’album, Animal Coloré !

Olivier : Avec Animal Collective en première partie ! (rires)

Nicolas : Après ça n’inspire pas forcément l’écriture des morceaux.

Olivier : Ah je pense qu’on aurait fait autre chose, au moins dans les phrasés, après faut savoir aussi que le premier album est composé pour partie des morceaux qui étaient sur le premier EP, donc ce sont des morceaux qui avaient été écrits en amont. Il n’y en a que trois, bon sur dix c’est pas beaucoup mais ils étaient déjà là. Donc ce n’est pas un album qui a été pensé dans sa globalité.

9. Et niveau live, on se voit ici dans le cadre du Crossroads Festival, comment est-ce que vous avez été placé sur ce festival ?

Olivier : Eh ben on a déposé un dossier de candidature avec le Grand Mix, une salle qui nous aide beaucoup, et on a été retenus, tout simplement. On a demandé et ils nous ont dit « oui » !

Samuel : Parfois la vie c’est ça (rires)

hauméa : Et vous êtes accompagnés par la salle du Grand Mix ?

Nicolas : Alors non mais ils nous ont soutenus, ils nous ont beaucoup soutenus et on espère continuer à travailler avec eux après. Mais c’est nous qui avons posé la candidature, sous couvert du Grand Mix.

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10. Et du coup, je pose évidemment la question à l’aveugle car je ne vous ai pas encore vu jouer, mais comment est-ce que vous vous représentez sur scène ? Avez-vous eu l’occasion de vous représenter par le passé ? Si oui est-ce que la manière dont vous performez a changé avec le temps ?

Nicolas : Alors là, on joue un peu alignés, avec la batterie de profil. En fait Samuel et moi on se regarde.

Olivier : Et moi je suis face au public. c’est une formation très jazz.

Nicolas : L’idée c’était de se voir tous, et de ne pas avoir le batteur derrière qui ne voit personne.

Samuel : Puis c’est pas une musique sur laquelle tu vas pouvoir crier au public « est-ce que vous êtes lààà ? », donc il y a quelque chose de très « entre nous ». Après moi j’aime bien ça, quand je vais voir des concerts, voir comment sont les interactions sur scène. Je ne suis pas forcément fan du frontal. Mais bon, ça dépend du type de musique. Là, vu ce qu’on fait, je trouve que c’est intéressant d’avoir comme une sorte de laboratoire !

Nicolas : Et puis c’est une formation sur scène qui nous permet d’être beaucoup plus à l’aise, de ne pas avoir à mettre le son de l’un ou de l’autre très fort…

Samuel : On est quand même deux sur trois à être assis !

Nicolas : Oui on entend tout très bien, et je crois que cette formation, on s’est mis d’accord dessus au deuxième concert qu’on a donné et on ne l’a pas quittée depuis. On ne voyait pas faire une date autrement ! C’était une évidence.

Samuel : Et puis pour avoir déjà joué dans des groupes, dans un trio où la batterie est derrière, j’étais à la basse dans ce groupe là, il y a un sentiment de déconnexion, à moins que tu te retournes, mais quand tu chantes en même temps c’est compliqué, et c’est frustrant sur scène de ne pas être avec tout le monde. Tu sais que tu as quelqu’un dans le dos mais bon…

Olivier : Après si vous êtes six sur scène, à un moment donné tu n’as pas le choix, là on est que trois donc on a la chance de pouvoir faire ça comme ça.

11. Et niveau performance, vous avez des images qui vous accompagne ou c’est seulement vous et vos instruments ?

Olivier : Juste nous et nos instruments, enfin pour l’instant, parce que là on est en train de travailler sur le deuxième disque, on est en train de voir aussi pour faire une résidence pour le live de ce second disque, et on pense à une scénographie, et avoir des images ce serait vraiment chouette.

Samuel : Oui, avoir quelque chose qui habille la scène, vu qu’on saute pas partout… (rires)

Olivier : Oui pas forcément quelque chose qui ait une narration.

Samuel : Plus une installation plastique, ou quelque chose qui donne à regarder en même temps.

12. Enfin, dernière question que j’aime bien poser en fin d’interview : est-ce qu’il y a un ou une artiste que vous suivez de près en ce moment ?

Olivier : Alors pour moi y en a plusieurs ! Je suis pas mal Anne Paceo, parce que c’est une fille qui joue de la batterie, ce qui est assez rare, elle joue super bien, elle fait du jazz, ce qui est pas mal dans ma culture, et je trouve ça chouette parce qu’elle joue dans plein de projets et elle a toujours le sourire quand elle joue et je trouve ça super agréable. C’est quelqu’un de très simple, de très cool.

Samuel : Alors moi je suis pas mal November Ultra ! C’est une copine donc forcément c’est plus facile, puis c’est assez dingue tout ce qui lui arrive, donc c’est trop cool de la voir grandir !


Temps Calme est à retrouver sur toutes les plateformes de streaming. Vous pouvez également les suivre sur Instagram !

About the Author: Cloé Gruhier

Rédactrice web depuis plusieurs années, j'ai une passion prononcée pour les musiques électroniques et alternatives. Des envolées synthétiques de Max Cooper aux mélodies et textes introspectifs de Banks, mon radar détecte les nouveautés des scènes indépendantes françaises et internationales, et ce entre deux stratégies de communication pour des labels et artistes indépendants !