Parmi la pléthore de festivals qui ont eu lieu en ce début de rentrée, nous sommes partis à Roubaix pour couvrir la sixième édition de l’événement européen de musiques actuelles nommé le Crossroads Festival ! Au programme : de nombreuses rencontres destinées aux artistes & professionnels de la musique sur différents thèmes, comme le développement artistique et les mesures européennes dédiées à leur mise en lumière, mais également des ateliers, des band meetings, ou encore près d’une trentaine de concerts mettant à l’honneur des artistes de la région comme d’Allemagne, de Belgique ou encore de Pologne. Un beau programme qu’on se devait de vous raconter en long en large et en travers ! Voici donc notre compte rendu de festival : préparez-vous à faire, vous aussi, de belles découvertes !

Crossroads Festival 6ème édition Roubaix

Crossroads by day : des ateliers & conférences axés sur le développement artistique en région Hauts-de-France, en Belgique, mais aussi en Allemagne et en Pologne.

On vous en parlait récemment dans notre article dédié à sa programmation : le Crossroads Festival est un événement européen qui accueille chaque année près de 30 artistes ainsi que plusieurs dizaines de professionnels de la musique pour un condensé de conférences, ateliers, meetings, concerts et plus encore. Conçu comme un carrefour, un pont entre les artistes et les professionnels du milieu, le Crossroads se veut aussi un lieu de rencontre entre la région Hauts-de-France et leurs équivalents ailleurs en Europe : ainsi, étaient représentées sur le pôle rencontres les régions de la Wallonie en Belgique, de la Westphalie en Allemagne et celle de la Voïvodie de Silésie en Pologne.

Des rencontres en trois temps

Si la première journée de rencontre du Crossroads était dédiée à une assemblée générale ainsi qu’à un tour de table dédié au décret sur la réglementation sonore en Europe, la deuxième journée marquait le premier volet d’un programme en trois temps. Le premier volet évoquait les leviers européens qui existent pour faire avancer des projets d’artistes comme de structures professionnelles, le deuxième évoquait quant à lui les politiques d’accompagnements d’artistes, et le troisième concernait les aides et de subventions de la région Hauts-de-France pour le développement de ses artistes locaux. Un grand programme !

Mardi 8 septembre : une journée placée sous le signe de la culture en Europe

Lors de cette première journée de rencontres nommée « Kulturatrium », nous nous sommes rendus à chacune des prises de parole organisées par la Brigade d’Intervention Culturelle et le pôle Haute Fidélité, un réseau d’acteurs dédié à la structuration des entreprises culturelles de la région Hauts-de-France.

La première d’entre elle s’agissait d’une table ronde réunissant aussi bien l’Institut Français que le pôle export du CNM (ex Bureau Export), afin de discuter de l’impact de la crise sur les mesures d’export des artistes français. En ressort, après la mention des diverses mesures d’urgence et l’adaptation des activités du CNM et de l’Institut Français, une exposition de divers réseaux et programmes qui permettent aussi bien aux artistes qu’aux acteurs de la musique d’exporter leur projet à un niveau européen et ainsi bénéficier de soutien de l’Europe, aussi bien par le biais d’insertion dans des réseaux comme LiveDMA pour les professionnels du spectacle vivant, d’Europe Creative pour les entrepreneurs de la musique, ou encore de On The Move pour ceux qui auraient besoin de bénéficier de ressources spécifiques leur permettant de mieux appréhender le marché européen.

S’ensuit la présentation d’organismes oeuvrant au soutien à la création artistique dans trois régions européennes : Haute Fidélité pour les Hauts-de-France, PopNRW pour la région de la Westphalie en Allemagne, et Ars Cameralis pour la région de la Silésie en Pologne. Le point commun entre ces trois régions ? Leurs similitudes quant à leur environnement pour le développement artistique et musical dans leurs pays respectifs – une bonne manière de mettre en parallèle les points communs et différences entre ces trois régions d’Europe.

Et si le matin le programme Europe Creative n’avait été évoqué seulement qu’en surface, un temps spécifique lui est dédié dans l’après-midi, permettant ainsi à LiveDMA mais aussi à Trempo (ex Trempolino) ainsi qu’à Confront, soit trois bénéficiaires de l’aide d’Europe Creative, de présenter les divers dispositifs que cet organisme propose pour soutenir les projets de développement et de fédération européens – un focus sur Music Moves Europe, un volet structurel d’Europe Creative, a également été présenté. En somme, si vous avez un projet de développement impliquant plusieurs pays de l’Union et que vous répondez aux critères de l’appel d’offre, un accompagnement peut vous être proposé pour mener votre projet à bien une fois que vous avez été sélectionné !

Enfin, la journée de rencontres se clôt avec un focus sur les diverses aides culturelles que propose l’Institut Français pour faire rayonner la culture française dans le monde. Ainsi, après la présentation de son implantation et des territoires clés de développement, plusieurs programmes comme IF Incontournable ou encore le Soutien à l’émergence ont été mis en avant.

Jeudi 9 septembre : une journée d’ateliers et de débats intitulée « All Access Meeting » permet aux professionnels d’échanger sur les spécificités, points communs et différences de leurs métiers respectifs !

Certainement le point culminant de ces rencontres professionnelles, la journée « All Access Meeting » a non seulement permis de soulever les points les plus importants de ce début d’ère post-Covid pour la culture, mais également de relever les clivages qui peuvent exister entre certaines esthétiques musicales quant au développement des carrières et visibilités des artistes qui s’y inscrivent. Si un grand focus a été placé sur les dispositifs d’accompagnement scénique et professionnels, des sujets de fond ont aussi largement pu être abordés !

La journée démarre sur la diffusion d’un documentaire intitulé « Tournée Générale », un documentaire qui, comme son nom l’indique en filigrane, insiste sur l’accompagnement de projets d’artistes souhaitant faire de la scène et se professionnaliser. Le focus est mis aussi bien sur la région Hauts-de-France que sur la Wallonie en Belgique – des acteurs professionnels comme le Flow (musiques et cultures urbaines), la Lune des Pirates (salle de concert), Dynamo (association aidant à la professionnalisation des musiciens), le festival Tour de Chauffe ou encore les salles 4AD et Trix en Belgique ont pu faire rayonner leurs expertises et actions, le tout ayant été ponctué de témoignages d’artistes ayant bénéficié du soutien de ces acteurs culturels. Une mise en jambe nécessaire : les acteurs mentionnés dans le reportage étaient présents dans la salle et ont tout au long de la journée pu débattre et répondre aux questions sur leurs champs d’action.

C’est ainsi qu’à la suite de ce documentaire nous nous dirigions vers l’atelier dédié à la mise en exergue des différences de fonctionnement entre l’accompagnement en Belgique et en France. Si la plateforme de mise en relations d’artistes et de professionnels belges vi.be a pu exposer les grandes lignes de l’accompagnement en Wallonie, les pôles régionaux du Phare (Normandie), du Grand Bureau (Aquitaine-Rhône Alpes), de Tetris (Havre) ainsi que de Haute Fidélité (Hauts-de-France) ont quant à eux dialogué sur les similitudes entre leurs dispositifs de professionnalisation et de structuration de projets artistiques… ce qui, au fil de la discussion, a permis de soulever des points sociétaux, comme la parité, l’instauration de quotas et le manque de représentation de la gente féminine dans les projets soutenus par les dispositifs d’accompagnements. Un débat enrichissant qui a permis en deuxième partie de journée d’évoquer les limites de ces dispositifs, et de faire ressortir les limites également de l’accompagnement scénique qui ne s’applique aujourd’hui pas à toutes les esthétiques musicales. Ainsi, les réseaux sociaux et le développement de projets rap met en lumière les changements à venir et la nécessité, peut-être, pour ces professionnels de l’accompagnement de se former aux nouveautés du milieu.

Vendredi 10 septembre : une journée focus sur les aides de la région, du Pôle Emploi et du FONPEPS pour la création artistique.

Pour clôturer cette 6ème édition de conférences et rencontres professionnelles, c’est la région Hauts-de-France qui est venue à la rencontre des professionnels et artistes de sa région pour parler de ses différents volets de soutien financiers. Ouverts aux artistes comme aux structures professionnelles de la métropole lilloise et des villes alentours, la région a pu présenter l’augmentation de son budget culturel au fil des ans, ainsi que de réitérer son intérêt pour les projets de professionnalisation d’artistes et son envie de soutenir les projets de musiques actuelles indépendantes (mais pas que !). Par la suite, ce sont Pôle Emploi et le FONPEPS qui ont exposé leurs mesures d’aides dédiées aux professionnels de l’industrie musicale et culturelle.

En bref, ce fut un condensé de rencontres, d’ateliers et de discussions intenses qui ont parfois soulevé des débats d’une grande actualité ; cela va sans dire, les prochaines rencontres promettent d’être tout aussi enrichissantes, si ce n’est plus : le streaming bouleversant les modes de consommation de la musique et la pandémie s’éternisant, il est facile de s’imaginer que les prochains sujets de discussion soulèveront de nombreux questionnements !

Crossroads Festival 2021 - Line-up

Crossroads by night : 28 artistes issus de diverses régions européennes se partagent la scène de la salle Watremez de Roubaix !

Après avoir appris, échangé et débattu avec les professionnels de l’industrie musicale locale, le soir, nous nous dirigions vers la salle Watremez située au centre de la ville de Roubaix et qui accueillait les divers concerts de cette 6ème édition du Crossroads. Au programme : près d’une trentaine de showcases d’une demi-heure chacun ; 28 artistes indépendants se partageaient sur 4 jours la scène de cette immense salle de Roubaix, salle mitoyenne de la Cave aux Poètes, lieu d’accueil et de représentation, entre autres, de la jeune scène urbaine locale.

Parmi les concerts qui nous ont le plus marqués, on a été hypnotisés par la performance dream pop du duo The Breakfast Club – un duo lillois accompagné aujourd’hui par le dispositif d’accompagnement d’artistes de la métropole lilloise Hello Music – puis on a été envoutés par le live de Ladaniva, récemment propulsée sur le devant de la scène à la suite de son featuring avec l’artiste Voyou ! Une performance multilingue bien trop courte qui nous a donné envie de danser !

Si vous avez aimé The Breakfast Club, vous aimerez aussi : On a discuté avec IOTA PHI, une artiste complète qui compte bien prendre d’assault la scène pop alternative avant-garde

La journée suivante nous a donné l’occasion de suivre les concerts de Barbara Rivage et leur pop  déchaînée aux paroles métaphoriques, une performance suivie par les concerts plus rock de Francis Of Delirium, Richard Allen ou encore La Houle, trois lives qui ont ensuite préparé le terrain de la performance survoltée du duo polonais Murman Tsulazde !

Le lendemain, c’est Niteroy qui ouvrait le bal, avant de laisser l’électrique rappeuse Eesah Yasuke s’exprimer. On a ensuite pu surprendre le live spécial de Thérèse donné pour Tsugi Radio entre deux concerts ; mention spéciale aux sets les plus prenants du soir : ceux des textes pleins de sens d’Annael, lauréat des Inouïs du Printemps de Bourges de l’année 2021, ainsi que de Lydsten et de son live set électronique qui nous a fait taper du pied jusqu’à plus d’une heure du matin.

Lire l’interview de Lydsten : Avant-première : le nouveau poulain du label lillois Enlace Records, LYDSTEN, nous dévoile « Beryl », son premier titre

Enfin, la sixième édition du Crossroads Festival se termine sur le live pop de Ninon, le live atmosphérique et électro-organique du trio psyché lillois Temps Calme, le set endiablé et engagé de Thérèse, et le closing se voyait assuré par l’étonnant groupe qu’est Gargäntua.

Comme vous l’aurez compris, le Crossroads Festival était certainement la meilleure manière de démarrer la rentrée : entre rencontres enrichissantes et reprise des concerts pour nous chez hauméa, que demander de mieux !

Un grand merci à toute l’équipe organisatrice et à Daydream Music pour l’accueil et à l’année prochaine !

On vous laisse avec notre playlist des coups de coeur du festival ci-dessous.


Le Crossroads Festival est à retrouver sur leur site internet ainsi que sur leur compte Instagram !

About the Author: Cloé Gruhier

Rédactrice web depuis plusieurs années, j'ai une passion prononcée pour les musiques électroniques et alternatives. Des envolées synthétiques de Max Cooper aux mélodies et textes introspectifs de Banks, mon radar détecte les nouveautés des scènes indépendantes françaises et internationales, et ce entre deux stratégies de communication pour des labels et artistes indépendants !