Parmi les artistes qui savent aller droit au but et toucher nos coeurs dès la première écoute : il y a Sauvane. On parlait d’elle sur le magazine il y a quelques jours à l’occasion de la sortie de son titre « Qu’est-ce que tu veux ? » ; aujourd’hui, c’est en s’armant d’une bonne dose d’émotion, d’introspection et de voyage intérieur qu’on écoute son nouvel EP, intitulé « Hurricane ». Son EP vous fera certainement penser à des artistes comme Bjork ou encore FKA Twigs et ce pour de bonnes raisons ; on a discuté avec Sauvane afin d’en savoir plus sur l’artiste et l’âme sensible qui se cache derrière cette nouvelle collection de titres.

1. Hello Sauvane, et merci beaucoup d’avoir accepté de répondre à nos questions aujourd’hui ! Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter en quelques mots pour celles & ceux qui ne te connaîtraient pas encore ?

Hello ! Je suis à la fois chanteuse, auteure, compositrice et également réalisatrice vidéo. Je suis donc impliquée sur tous les aspects de mon projet et pour la musique comme pour les clips, je puise mon inspiration dans la mélancolie mêlée de poésie. Après un premier EP “Night Thinker” très lunaire, je suis contente de pouvoir enfin partager mon deuxième EP “Hurricane” qui, sous la forme d’un cycle émotionnel, passe du brouillard à la lumière.

2. Avant de rentrer dans le vif du sujet qu’est ton EP « Hurricane », je voulais revenir sur tes débuts, aussi bien dans la musique de pub que dans le monde de la musique enregistrée. Tes débuts ont été marqués par des singles variés, à commencer par ton premier single nommé « Addicted », dans lequel tu chantes en anglais sur une instru largement marquée par des sonorités pop électronique et alternatives. D’où te vient cet univers musical que l’on retrouve même en filigrane dans ton nouvel EP ?

Surtout de mon enfance, j’écoutais des CD en jouant, en m’inventant des histoires et mes parents avaient du Dido, Radiohead, Björk, The Cranberries… Il y avait quelques albums comme ça que j’écoutais en boucle. Ça a dû m’influencer par la suite, car j’ai toujours été attirée par des sonorités électro alternatives comme Boards of Canada puis par la suite mélangées à de la pop comme Uffie, Crystal Castles, Cocorosie.

3. Ensuite, tu t’es faite connaître en posant ta voix sur un morceau de l’artiste de musique électronique CloZee, un morceau intitulé « Air ». Comment est-ce que cette opportunité est née et est-ce qu’elle a impacté ton début de carrière artistique ?

On vient de Toulouse toutes les deux ! On nous a mises en contact et j’ai adoré l’instru qu’elle m’a envoyée. J’ai de suite été inspirée, j’ai composé une mélodie, des paroles et enregistré depuis mon appart de l’époque à Paris (j’aime bien me rappeler où j’ai écrit et enregistré mes morceaux). Puis je suis descendue sur Toulouse peu de temps après et on a peaufiné tout ça.

Ça a permis à ma musique de voyager, surtout aux États-Unis car maintenant CloZee vit là-bas. Et puis je suis contente car je pense que les auditeurs de CloZee peuvent être très sensibles à ma musique et à mes textes. Ça les a apparemment touchés que j’écrive sous le point subjectif de la Terre “That’s what the moon told me”.

4. Et comme je mentionnais ton activité liée à la musique à l’image un peu plus haut, je me permets un petit aparté parce que c’est un milieu particulier et qui attire beaucoup d’artistes qui font de l’électro et de la musique instrumentale de manière générale : comment es-tu rentrée dans le monde de la publicité ?

J’ai voulu prendre des cours de guitare au collège pour pouvoir composer mes propres morceaux et pouvoir potentiellement plaire à Bill Kaulitz chanteur de Tokio Hotel… Et c’est là que j’ai rencontré Nico Raynier, qui a donc été mon prof pendant 2 ou 3 ans et qui était aussi compositeur de musique à l’image. Et un jour, il a découvert que je chantais et postais des reprises à la guitare sur internet. Il m’a directement proposé de composer ensemble et on a participé à des compets de pubs et ça a commencé par une pub Décathlon. Puis j’ai rencontré Pierre Sendrané qui m’a proposé de chanter pour Redbull, Chopard, Audi…

5. Quels sont les projets sur lesquels tu as travaillé récemment ?

En synchro récemment, j’ai travaillé sur une reprise électro de L.O.V.E de Franck Sinatra pour un pub Pepsi, avec ASH qui est un artiste très doué, qui impressionne par sa maîtrise de beaucoup d’instruments, avec qui on a fait le featuring “Forgive me”. Et en parlant de mélomane, on a co-composé avec l’artiste Mimesis le morceau “Tomorrow” dans un registre plus doux et folk, pour le nouveau film Air France et son A220.

Similaire à Sauvane : On a discuté amitié, changement de vie et side-projects avec Almeeva à l’occasion de la sortie de son EP « To All My Friends »

6. Rentrons maintenant dans le vif du sujet : ton EP, intitulé « Hurricane ». Il démarre sur une superbe introduction intitulée « Play » – entre musique atmosphérique au début du morceau et voix omniprésente dans la deuxième partie de ce dernier, le ton de l’EP est donné ! Dans quel contexte as-tu créé ce morceau ? Quelle était l’inspiration derrière ?

Merci beaucoup !! C’est l’intro mais je crois que c’est le morceau que j’ai composé en dernier. Je trouve qu’il résume bien cet EP car il dévoile beaucoup de contrastes. On se laisse glisser dans un état d’esprit très sombre avec ces instruments un peu distordus, une basse grondante… alors que les voix sont assez douces, essoufflées. Mais on ne sait pas encore si elles sont là pour nous rassurer ou plutôt pour nous envoûter et nous faire sombrer.

C’est un peu la chanson qu’il pourrait y avoir dans un film quand la personne sent que la situation va mal tourner pour elle. Il lui reste un brin d’espoir mais c’est déjà trop tard pour reculer.

7. Vient ensuite le titre « Ocean », qui est pour moi la pièce maîtresse de l’EP : savamment construit, il mélange aussi bien les silences que les réverbérations, et laisse la place à ta voix ; elle occupe tout l’espace, les vocalises rappelant sans doute aucun les premières oeuvres de FKA Twigs. Peux-tu nous en dire plus sur le message que tu transmets dans ce morceau ?

Déjà merci pour tes retours sur “Ocean”, j’aime bien découvrir quel est le titre préféré de chaque personne, c’est souvent très différent ! 

Je n’avais pas forcément de message en tête pour ce morceau, je voulais dédier une chanson à toutes les personnes qui ont perdu un être cher. C’est une plénitude, un plongeon vers les abîmes de notre pensée où résonne une tristesse totale. Dans un monde fantastique, on finirait par se noyer dans nos pleurs. Mais avec du recul maintenant, le message c’est peut-être de ne pas négliger nos relations et de dire ce que l’on ressent à nos proches tant qu’il est encore temps.

8. Le titre suivant s’intitule « Qu’est-ce que tu veux ? » et traite d’un sujet assez difficile : celui de la perception de soi. C’est ton premier titre en français : est-ce que ça été une décision facile à prendre ? As-tu été inspirée par quelque chose en particulier ?

Je n’ai pas pris de décision, j’ai tout simplement commencé à écrire ces paroles en français, j’ai chantonné ce que je pensais sur le moment et j’ai laissé ça comme ça quand j’ai enregistré. Je ne dirais pas forcément “inspirée”, c’était juste un jour où je me sentais abandonnée, même par moi-même et j’avais besoin d’extérioriser pour comprendre ce qu’il se passait dans ma tête et ce qu’il fallait que je fasse pour aller mieux.

9. Et doit-on voir la question « Qu’est-ce que tu veux ? » comme une question que tu t’adresses à toi-même ?

Presque mais pas tout à fait ! Des fois on est très en colère contre soi-même, on a dû mal à comprendre et contrôler nos actes. Cette question je l’ai plutôt posée à ce côté de ma personnalité qui est toujours très négatif et très néfaste pour ma santé mentale.

10. Je sais aussi que tu fais de la réalisation : est-ce que savoir réaliser des vidéos t’aide à mettre en oeuvre ta vision artistique pour ce titre ?

Oui bien sûr, dès que je compose un morceau j’ai très vite des images en tête, des envies de danser, au ralenti… Pour moi, on ne peut pas séparer image et vidéo.

Pour ce nouvel EP j’ai donc eu envie d’imager “Qu’est-ce que tu veux ?” qui est un morceau très important dans le tournant que prend l’EP et “Mountain” car je voulais faire un clip qui résumait l’histoire de ce disque. Pour cela, j’ai voulu incarner chaque émotion à travers un personnage. Il y en a ainsi 5 dans le clip symbolisant la joie, la tristesse, le courage, la passion et la haine. Pour qu’à la fin du morceau, après une bataille intérieure, ils rétablissent l’équilibre chez l’être qui était pris dans une tempête émotionnelle.

11. Je sais que tu viens à peine de sortir ton EP, mais à quoi est-ce qu’on peut s’attendre de ta part dans les prochaines semaines ? Un nouveau clip ? Des prestations live peut-être, maintenant que les restrictions Covid se desserrent ?

Les idées fusent très vite par ici donc vous pourrez surement découvrir une vidéo live de “Ocean”. Après, il faut encore inventer une chorée, trouver un endroit pour filmer… c’est pas encore gagné ! Mais ce qui est sûr c’est que vous pouvez me retrouver au Métronum le 21 avril à Toulouse, avec Magenta.

12. Enfin, j’aime bien terminer avec cette question parce que ça me permet non seulement d’en apprendre plus sur les artistes mais aussi de faire découvrir d’autres artistes aux lecteur-ice-s : est-ce qu’il y a un ou une artiste que tu suis en ce moment de près, et pourquoi ?

De très près car je suis même allée les rencontrer en Ukraine, c’est le duo des Wavewalkrs, deux musiciens incroyables. Je vous recommande d’aller écouter leur dernier album “Rebirth” et surtout de découvrir leurs vidéos live. C’est un très bon exemple pour moi de ce qu’est la connection humaine : dès qu’ils jouent quelque chose j’ai envie de chanter comme si les notes qu’ils choisissaient faisaient résonner en moi pleins d’émotions, pleins d’images. On a fait plusieurs collabs ensemble qui sont des morceaux qui me tiennent vraiment à coeur comme “Joy” et aujourd’hui les paroles de “Born” font encore plus sens : “We were born not for wars, we belong to the stars”…

Plus de Sauvane : Sauvane plonge dans les abîmes de l’inconscient dans le clip de son nouveau single « Qu’est-ce que tu veux ? »


Sauvane est à retrouver sur toutes les plateformes de streaming. Vous pouvez également la suivre sur Instagram !

About the Author: Cloé Gruhier

Rédactrice web depuis plusieurs années, j'ai une passion prononcée pour les musiques électroniques et alternatives. Des envolées synthétiques de Max Cooper aux mélodies et textes introspectifs de Banks, mon radar détecte les nouveautés des scènes indépendantes françaises et internationales, et ce entre deux stratégies de communication pour des labels et artistes indépendants !