microqlima, un label qui donne le tempo. Un label qui « oscille entre soleil, nuages sonores et pluie d’idées », pour reprendre leurs jolis termes. Une nébuleuse de métaphores qui décrit une maison d’artistes pour le moins convoitée par le tout Paris, et peut-être bien même par toute la France.

Ils sont rares, les labels qui peuvent se vanter d’avoir toujours réussi. Et pourtant, microqlima fait partie de cette exception au sein de l’industrie musicale française ; un label qui a su mettre au devant de la scène chacun des artistes qu’il a pris sous son aile. microqlima, un label à l’initiative d’Antoine Bisou, travaille au management de la carrière des artistes Pépite, Isaac Delusion, L’Impératrice et le très récemment recruté Fils Cara. Ils signent rarement des artistes, mais lorsqu’ils le font, ils tapent dans le mille. Comment font-ils ? On a essayé de percer leur secret en posant des questions à Antoine Bisou, le fondateur du label.

 


De la création d’un label à la signature des figures de la pop française.

D’où est venue l’envie de monter microqlima ?

Par où commencer… (rires) Grosso modo, j’étais manager de L’Impératrice, Isaac Delusion et Fishbach, et c’est vers 2014 que j’ai monté le label, parce que j’avais envie d’avoir une sorte de vitrine pour ce que je faisais. J’avais envie d’avoir un peu plus de liberté et de pouvoir mettre en oeuvre tout ce que je savais faire. J’avais une vision du management qui était très personnelle et très émotionnelle, et je touchais à énormément de choses avec l’artiste. J’avais quitté le label que j’avais créé quelques années avant, qui s’appelait Cracki, et je faisais vraiment tout par moi-même. Ça allait du développement d’un site web, au graphisme, à la comptabilité, aux demandes de subventions, à presser des vinyles et les vendre depuis mon garage, et même booker des dates parce que les artistes n’avaient pas forcément de tourneurs. En gros, je faisais déjà le travail de label, dans la limite de mes capacités évidemment. Et c’est aussi venu de quelque chose qui remonte à très loin, c’est à dire que depuis toujours je me suis débrouillé moi-même. J’ai fait de la musique quand j’étais petit, j’ai fait du rap, j’ai fait des beats, et même si c’est jamais allé plus loin que ma chambre et que mon MySpace, j’ai appris à coder un site web, j’ai appris à faire de l’image en faisant mes propres photos, j’ai appris à faire de la communicaton en spammant mes potes sur MSN, etc. Et j’ai appris à financer mon projet en travaillant au marché à 5h du matin, pour m’acheter du matériel.

On met sur un piédestal l’« artiste entrepreneur » qui fait tout lui même, je ne suis pas du tout d’accord avec cette idée là. […] La plupart ne sont pas des surhommes et ont besoin de s’entourer d’une équipe.

Sans le savoir je faisais déjà tout ce qui était possible de faire autour de la musique. Aujourd’hui, c’est quelque chose d’un peu banal, mais je pense que c’est encore très actuel, et qu’au final, j’étais plus proche d’un entrepreneur que d’un artiste. Et c’est encore plus varié aujourd’hui que si c’était mon projet, c’est un peu moins schizophrène, et je pense d’ailleurs qu’en aparté c’est la situation que rencontrent beaucoup d’artistes aujourd’hui. On met sur un piédestal l’« artiste entrepreneur » qui fait tout lui même, je ne suis pas du tout d’accord avec cette idée là, certains artistes sont extrêmement doués pour faire plein de choses tous seuls, mais la plupart ne sont pas des surhommes et ont besoin de s’entourer d’une équipe. Même la meilleure Beyoncé et les meilleurs Daft Punk ont créé une équipe autour d’eux. C’est pas facile, tout seul, et surtout que t’en oublie complètement de faire de la bonne musique ! T’as pas le temps et t’as l’esprit pollué par les chiffres, par des détails… Donc avec le recul, j’ai l’impression que depuis toujours, quelque part, j’avais ça en moi.

J’ai choisi microqlima, qui était un mot que j’avais déjà trouvé en 2010 pour créer des soirées à Toulouse, et je me suis dit à l’époque que microqlima ça pouvait très bien être un nom de label, donc j’ai repris ce mot. C’était je crois le lendemain de mes 25 ans que j’ai créé microqlima. Je me suis dit, j’ai testé plein de choses, maintenant, de 25 à 30 ans, faut créer quelque chose. Ce que j’ai fait (rires). Je ne voulais pas créer un label de rap, je voulais pas créer un label de dubstep, de techno, ou house. En fait, chaque artiste a son propre climat, son propre micro climat, et donc chacun son style. C’est un label par définition éclectique. L’idée aussi, mais ça je ne l’ai su plus tard, c’est que notre activité, c’est le développement pur. Y a une métaphore de jardinerie ici, on ne plante pas de grandes plantations industrielles, on représente très peu de pousses, et on plante nous-mêmes la graine. On a des artistes qui quand je vais les chercher, qui n’existaient pas avant quoi ! On les a accompagnés de A à Z.

 

Et justement, ça fait très bien la transition avec mes prochaines questions, comment est-ce que tu as sélectionné tes artistes, et est-ce qu’une collaboration de long terme est en quelque sorte la clé pour amener un artiste là où il doit être ?

Plutôt que la longévité comme un but en soi, c’est plutôt de faire marcher l’artiste tout court, le but en soi.

Déjà, moi, je viens de nulle part, je n’ai pas eu d’héritage, je n’ai pas gagné au loto, donc j’ai débuté avec cent euros quoi. Donc pas le choix, on essaie de faire peu mais on essaie de le faire bien, et jusqu’au bout. Donc plutôt que la longévité comme un but en soi, c’est plutôt de faire marcher l’artiste tout court, le but en soi. Et un artiste, c’est très bien s’il marche six mois, mais, pour reprendre ma métaphore, nous on travaille sans OGM. Donc peut-être que parfois tu vas réussir à faire pousser quelque chose très vite ! Mais je ne sais pas si ce sera de très bonne qualité.

Ce qui est important pour nous avant tout, c’est de créer une carrière. Parce que c’est illusoire de se concentrer juste sur le prochain single et sur essayer de croire que ça va marcher d’un coup, parce qu’on a pas les armes, pas la force de frappe… les « OGM » si tu veux c’est l’argent. Et malgré tout on est très ambitieux, on met quand même l’argent qu’il faut, mais au lieu de le mettre sur du marketing et du sponsoring on va le mettre à fond sur l’image, à fond sur la « bonne » musique. Notre espoir de survie, c’est de faire en sorte que la musique soit encore active dans dix ans. Ce qui est intéressant, c’est quand tu streames peu, mais encore. Là ton projet il est rentable. Donc plutôt que de faire la part belle à l’aspect nouveauté et à l’éphémère, après on est pas non plus des visionnaires, mais ce que je regrette un peu c’est qu’aujourd’hui, ton premier album tu vas être encensé, puis après le premier album y a plus personne. Il y a une tendance générale à « essorer » un peu l’artiste tant qu’il est encore temps, à presser le citron avec 25 rééditions, tant qu’il est encore « bankable ». Donc non à la musique jetable, non à l’obsolescence programmée, et oui au développement durable.

On a quand même fait un choix éditorial fort, qui est de garder très peu d’artistes, en plus d’avoir des artistes qui ont chacun leur style. Il y a une sorte de règle dans l’industrie qui dit que sur dix artistes, il y en a neuf qui marchent pas et un qui marche. Nous au lieu de signer dix ou vingt artistes juste parce qu’on les aime bien, on préfère garder très peu d’artistes, et on a pas le choix, faut que ça marche. On met toutes nos forces dessus et si on a bien choisi l’artiste à la base, et si on l’accompagne bien, c’est une histoire de long court et on a l’espoir que ça avance.


Le label se développe, s’agrandit : entre prises de risques et création de festival.

Dans un autre registre, celui de la signature d’un nouveau projet, l’annonce de la signature Fils Cara a fait du bruit dans beaucoup de médias. Non seulement vous vous étiez engagés sur un nouvel artiste, mais en plus de cela, il s’agissait d’un rappeur ! Un événement qui peut révéler beaucoup de choses dans la vie d’un label.

Comment est née la rencontre avec Fils Cara ?

Pour Fils Cara c’est très simple, par hasard. Déjà, j’ai jamais signé un artiste sur demo – enfin, tu me diras même sur demo c’est aussi un hasard, mais la rencontre s’est faite parce qu’on programme régulièrement des événements. On fait une quinzaine d’événements par an, et pour la programmation de Houle Sentimentale, j’avais une liste de liens d’artistes que je devais écouter, qu’on avait glanés sur Youtube, et parmi mille artistes et mille rappeurs, y avait ce mec qui avait un morceau sur une metteuse en scène de théâtre, et je me suis dit tiens c’est marrant un mec qui parle d’elle, c’est drôle. Donc ça m’a intrigué, et j’ai rencontré le gars. J’ai eu tout de suite un coup de coeur pour lui, pour sa personne. Le gars me parle dans la même phrase de Kate Bush, de Alkpote et de Vald quoi. Il me parle en même temps de mythologie gréco-romaine et de peinture flamande… C’était passionnant, et le gars a une vie tellement passionnante une manière de penser les choses que je me dis tout de suite que j’en ai rien à faire si c’est pas du tout dans l’air du temps, dans tous les cas, trop intéressant de travailler avec lui ! Donc go en fait. C’est aussi simple que ça. C’est quelqu’un d’intelligent, avec qui il y a un bon feeling, qui fait de la super musique évidemment, et qu’on écoutait en boucle au bureau mais il n’y a pas que ça. 

Oui ça été avant tout un coup de coeur pour une personne !

Oui voilà c’est ça. C’est comme un mariage, jamais je signerai un truc si je pense que ça va juste marcher. C’est le pire truc. Je signe un artiste parce qu’il y a une vraie osmose, y a un personnage intelligent derrière.

Et comment on produit un rappeur comme Fils Cara, qui ne rentre dans aucune case ?

Le pire c’est de rentrer dans des cases, le pire c’est quand on sort un disque d’un artiste, c’est d’être comme il faut et de ne pas faire de vague. C’est l’indifférence, c’est l’enfer.

Alors déjà, juste un ajout par rapport à la question d’avant, si je signais tout ce que j’aime, on serait ruinés (rires). On signe des choses qui sont spéciales, singulières et qui ont des personnalités fortes. Du coup, ce mec là, je savais que, okay il fait du rap, il fait une sorte de Lomepal, mais en fait je sentais que demain on pourrait faire de la folk, ou un concerto piano-voix, ce serait toujours intéressant. Et c’est ça la base ! À partir de là, très bien s’il ne rentre dans aucune case ! Le pire c’est de rentrer dans des cases, le pire c’est quand on sort un disque d’un artiste, c’est d’être comme il faut et de ne pas faire de vague. C’est l’indifférence, c’est l’enfer. Du coup, tout le but du développement, parce qu’on est aussi éditeurs on est pas que label, à ce moment où je le rencontre, c’est en août 2018, et le premier EP il sort en janvier 2020. Donc en fait, dans cet intervalle là, on lui a trouvé des concerts, on a discuté énormément, on a échangé des livres, et on a fait du son.

C’est le pari que de se dire que si quelque chose est assez singulier, assez spécial, assez sincère, ça saura trouver son public normalement.

On a fait le premier EP, qui était très rap et qui n’a très vite plus correspondu à ce qu’il est devenu. On l’a ensuite fait jouer à Qui Va Piano Va Sano en 2019, et on s’est aperçu en fait que « purée, t’as une bête de voix on savait pas » ! Sans autotune, juste piano voix comme ça, les chansons elles sont incroyables, donc en fait t’es un chanteur ! Le temps que ça fasse son chemin dans la tête, il a fallu retourner en studio, faire d’autres chansons, travailler travailler travailler. Donc au contraire, tout le travail a été fait pour qu’il ne rentre dans aucune case, qu’il trace son propre chemin, son micro climat en fait. Et ensuite, on markète ce qu’on a envie, et c’est le pari que de se dire que si quelque chose est assez singulier, assez spécial, assez sincère, ça saura trouver son public. Donc l’EP Fictions qui est sorti il y a un mois, deux mois maintenant, c’est le premier qui en adéquation avec tout le travail qu’on a fait jusqu’aujourd’hui, c’est l’aboutissement du développement artistique.

 

Et tu n’as jamais eu peur, à aucun moment, lorsque ton artiste a évolué et a changé de direction artistique, t’as jamais eu peur que ton artiste ne sache pas trop où il va ? C’est une question à laquelle beaucoup de managers, je pense, aimerait avoir une réponse. 

Non, au contraire, l’artiste ne sait pas où il va quand il n’a plus d’inspiration, quand il est lessivé, essoré par une tournée, qu’il n’y a rien d’excitant… alors qu’à l’inverse quand il sait pas où il va c’est là que ça devient le plus excitant quasiment. Justement, il y a plein de choses à voir, plein de choses à dire, à regarder, de nouvelles choses qui se passent dans sa vie… au contraire, un artiste c’est pour moi un défricheur. Quand un artiste écrit, c’est l’inconscient qui parle. Sans le savoir, il est déjà en train d’écrire des choses qui se matérialiseront dans six mois, dans douze mois. Il y a une sorte de magie qui s’opère. C’est pour ça qu’on dit souvent que les artistes sont un peu visionnaires, ils font appel à leur imagination et on rentre un peu dans leur inconscient. Pour moi, ne pas savoir où on va, c’est normal et douter c’est le propre de l’artiste. Ils sont à l’avant-garde, ce sont des éclaireurs, c’est absolument logique et au contraire je les encourage à explorer ! C’est même mon travail.

 

Et depuis quelques temps, vous oeuvrez au développement du festival Qui Va Piano Va Sano, un festival qui regroupe non seulement vos artistes, mais aussi de nombreux autres artistes issus de la scène française et qui font sensation, comme Yseult, Myd ou encore Pomme. Comment est née cette envie de monter un festival ?

Bonne question ! En fait ça vient du Piano Day de Nils Frahm, qui est le 88ème jour de l’année, comme les 88 touches d’un piano. On s’est dit, le 88ème jour de l’année on va aussi faire quelque chose, 88 minutes de musique, et on a programmé un premier événement. On a toujours cherché des concepts un peu singuliers, l’idée c’était de dire qu’on présente des artistes issus de groupes ou de styles musicaux qui n’ont pas l’habitude de se retrouver au piano. Tu prends un artiste, un groupe, tu le mets juste au piano-voix, et il se révèle complètement. Il y a une certaine magie dans l’a capella, ou dans le piano voix, ça révèle la chanson, ça révèle la beauté du texte. D’ailleurs c’est un test infaillible pour savoir si la chanson est bonne, quand t’enlèves tous les artifices. Et l’idée c’est aussi de surprendre le public, d’apporter autre chose ! Okay, tu adores Angèle, mais là tu vas la voir piano-voix pour toi seul. On voulait juste se retrouver dans un truc particulier, et ça marche vraiment bien.

Et comment on a fait pour rassembler des artistes aussi gros ? Ça s’est fait naturellement, c’est nos amis. La première année c’était Juliette Armanet, L’Impératrice, l’année suivante c’était Angèle, qu’on avait rencontrée en tournée, on a fait jouer Flavien Berger, on a fait jouer Ibeyi… on a fait jouer plusieurs artistes qui à la base étaient issus de notre entourage. Donc petit à petit j’imagine que ça a fait boule de neige et que les artistes sont ravis de le faire ! C’est hyper flippant, pour certains artistes, mais tout le monde en ressort avec un sentiment de baptême du feu, tu vois, pour ceux qui ont pas l’habitude en tout cas. C’est une vraie expérience et c’est un vrai challenge. C’est vraiment cool de pouvoir proposer ça, et typiquement, Fils Cara, ça lui a fait l’effet d’une vraie révélation ! Voyou il me disait qu’il y a un an ou deux, dans la préparation de son set il a été obligé de composer des choses au piano, et ça a créé le morceau « Il Neige », qui est le seul morceau piano-voix de son album et qui est mon préféré ! J’étais trop content d’apprendre que c’est grâce à Qui Va Piano Va Sano que c’est arrivé !

 

 

Et en plus d’apporter une certaine nouveauté au paysage des festivals, était-ce aussi un moyen pour vous de donner de la voix à des artistes en qui vous croyez ?

Oui bien sûr puisqu’on a fait jouer Fils Cara, typiquement, mais c’est aussi une manière pour nous en tant que label de montrer ce qu’on kiffe et de se faire kiffer. C’est aussi pour créer notre univers, donc oui c’est évident, c’est un choix éditorial. Yseult, par exemple, ça déboîte. Pomme, guitare voix, ça donne des frissons incroyables. Et cette année, par exemple, c’était Iliona, qui est la nouvelle signature de Art Side, un autre label, et c’est super. C’est un choix éditorial mais c’est aussi un choix classique de programmation.

Pour un programmateur oui, c’est un choix de programmation, mais pour un label je trouve que ça a une autre dimension !

Oui, c’est vrai, on aime bien, on est pas concurrents avec les autres, on aime ce que tout le monde fait, on se serre les coudes, y a un truc un peu comme ça. On est pas une grande famille. On est juste semblables, et c’est cool de rassembler tout le monde.

 


microqlima, c’est quoi la météo de demain ?

Quelles perspectives de développement pour le label par la suite ? Un tremplin d’artistes ? L’ouverture d’une branche de booking ?

Ah, c’est une bonne question, surtout en cette période. Je pense que aujourd’hui on se concentre sur notre métier, c’est à dire développer nos artistes, et vendre des disques, et avant tout c’est ça. J’ai plein d’idées, hein, comme développer l’événementiel, mais effectivement, cette période n’aide pas à prendre des risques, et je pense que malheureusement tout se resserre un peu, se rétracte. On est obligés de se concentrer sur notre coeur de métier pour l’instant et d’arriver à faire fonctionner ça correctement, pour sécuriser tout ça. Maintenant, à l’avenir, je pense qu’il y a une nouvelle ère pour microqlima, et on va signer davantage d’artistes. On va vraiment s’élargir, parce qu’en interne on a recruté, on a de super bureaux, c’est des trucs bêtes mais maintenant on est solides, microqlima c’était moi seul jusqu’en 2017. C’était vraiment à l’arrache. Ensuite on a créé une société, j’ai pris ma première stagiaire mi 2017, puis deux, puis trois. Ça fait deux ans qu’on est stable. Et maintenant c’est vraiment en signant de nouveaux artistes qu’on va aller plus loin. Mais j’ai des idées, j’en ai plein.

 

Je vois que vous avez organisé une « tournée virtuelle » pour L’Impératrice, est-ce que d’autres idées créatives pour mettre en avant vos artistes sur le web sont à venir ?

Eh bah j’ai bien peur que le confinement va nous obliger à être encore plus créatifs. La tournée virtuelle, c’est avant tout un concept en réaction aux 70 dates de leur tournée mondiale qui ont été annulées. Donc on s’est dit simplement, on fait pas de tournée ? Bah très bien, on va recréer la même chose, mais en virtuel, donc avec des premières parties, avec des gens qui reçoivent des packs de bières à la maison, avec du merchandising. Y a pas 36 artistes qui peuvent en France se permettre ça, qui ont du public au Mexique, aux US… Les concerts sont géobloqués évidemment, aux heures du pays.

Maintenant, je ne suis pas sûr que le public soit tout à fait mûr pour ce genre d’opérations, ça va venir mais pur l’instant ça manque de plus value. C’est hyper cool ce qu’on a fait, la vidéo du concert est incroyable, c’est trop beau, on le diffusera peut-être un jour en gratuit pour tous, mais aujourd’hui j’ai l’impression qu’on n’a pas encore la plateforme. On a pas encore eu l’idée qui va faire que ça va se transformer et qu’il va y avoir un vrai marché. J’ai l’impression qu’aujourd’hui on est au même stade qu’un label en 2002, et qui dirait okay, c’est l’ère du téléchargement illégal, comment est-ce qu’on peut créer une offre légale ? Nous on a des spectacles en live instagram très amateurs, comment tu fais pour faire comprendre aux gens qu’il faut payer pour ça ? À l’époque, ce qui se passait, c’est qu’on a reproduit le contenu des magasins en ligne, iTunes quoi, et on était à mille lieues d’imaginer que le business model d’aujourd’hui serait le streaming ! Donc aujourd’hui, je pense qu’on est encore à la préhistoire de ça mais qu’il y a un réel marché qui va s’ouvrir.

 

Dernière question pour la fin, c’est quoi selon toi, le futur de la musique française ?

Musicalement ? C’est une question bien trop large… j’ai l’impression que ce sont des choses qui ne peuvent que s’analyser après coup. Aujourd’hui la musique c’est tellement de petites niches dans tous les sens. C’est peut-être vrai pour ta bulle, en tant que parisien, blanc, de 23 ans, mais c’est peut être pas vrai pour ta d’adulte issu de l’immigration, en banlieue, j’en sais rien. Y a tellement de niches musicales possibles que ce serait très très dur de faire une prédiction. Par contre, seule chose qui pour moi est sûre, le tronc commun de la musique populaire ce sera le rap, et c’est ce qui fait qu’aujourd’hui il y a autant de sous-genres dans le rap. Il y a l’emo rap, il y a une énergie punk dans la trap, il y a une énergie « chanson », dans le rap… enfin Lomepal, c’est Julien Doré quoi ! Il y a autant de sous genres de rap aujourd’hui qu’il y avait de sous genres de rock dans les années 80. Et donc, je pense sincèrment que c’est impossible que la nouvelle génération d’artistes ne soit pas influencée, vraiment profondément, par le rap. Je ne dis pas par là que tout le monde en fera, je dis juste qu’il y a une sorte de dilution de ce genre dans la musique. Je pense que la musique c’est un buvard de la société, et qu’en temps de crise, ça donne des choses très intéressantes, heureusement ! Ça va être très intéressant de voir ce que la jeune jeune génération – et encore une fois on ne pourra analyser qu’après-coup, comment un artiste aujourd’hui va créer dans sa chambre, avec son état d’esprit… bien malin qui saura dire quoi ! (rires).

 


Les dernières sorties de microqlima sont à retrouver sur toutes les plateformes de streaming. Ecoutez le dernier EP d’Isaac Delusion maintenant !

About the Author: Cloé Gruhier

Rédactrice web depuis plusieurs années, j'ai une passion prononcée pour les musiques électroniques et alternatives. Des envolées synthétiques de Max Cooper aux mélodies et textes introspectifs de Banks, mon radar détecte les nouveautés des scènes indépendantes françaises et internationales, et ce entre deux stratégies de communication pour des labels et artistes indépendants !