L’industrie musicale indépendante s’est indignée, et pourtant, Spotify ne bronche pas. Le numéro un mondial des services de musique en ligne a annoncé le 2 Novembre dernier qu’il souhaite mettre en avant les musiques que les artistes mettent en ligne sur la plateforme, en leur laissant un choix. Pourquoi cela pose-t-il problème, vous vous demandez ? À cause des conditions qui s’appliquent pour bénéficier de cette mesure.

Depuis toujours, tout artiste présent sur Spotify peut rentrer dans le complexe algorithme de « musiques recommandées pour vous ». Cet algorithme est considéré comme la panacée pour bon nombre d’artistes, car il faut dire qu’il permet bien souvent de faire exploser le nombre de streams qu’un titre pourrait générer en temps normal, surtout si le titre en question est recommandé en dessous du dernier single d’un artiste du Top 50. Jusqu’à présent, les artistes présents sur Spotify devaient travailler d’arrache-pied pour y être correctement référencé ; maintenant, Spotify leur donne accès à ce dernier d’une manière totalement différente.

Spotify propose aux artistes de sélectionner la musique qu’ils souhaitent voir entrer dans l’algorithme… à un certain prix. Une initiative que l’on applaudirait si elle ne se faisait pas au prix d’une partie des royalties que généreraient ladite musique à travers l’algorithme. Une nouvelle politique de mise en avant d’artistes qui, certes, pourrait bénéficier aux indépendants, mais qui au contraire les empêche en bonne et due forme de vivre de leur musique.


Combien faut-il générer de streams sur Spotify pour vivre de sa musique ?

Un stream sur Spotify, en temps normal, génère 0.0038$, soit à peine plus qu’un tiers de centime de dollar. Une rémunération déjà largement contestée par bon nombre d’artistes indépendants qui ne bénéficient pas de la force de frappe d’un label ou d’une major pour promouvoir leur musique, et ainsi pallier à cette faible rémunération.

Si vous ne vous vous rendez pas compte de ce qu’est 0.0038$ pour un stream, la Union of Musicians and Allied Workers détaille dans la pétition « Justice At Spotify » les informations suivantes.

UMAW petition Justice At Spotify stream revenue

– source : pétition UMAW « Justice At Spotify »

« Payez-nous au moins un centime par stream », revendiquent-ils en en-tête. Pourquoi ? Car à l’heure actuelle, pour générer un dollar, il faut avoir été écouté 263 fois sur la plateforme. 786 streams permettent de s’offrir un café, un mois de salaire de $1.078 est quant à lui obtenu avec près de 240.000 streams, et enfin, pour gagner $15 de l’heure en travaillant tous les jours et tous les mois, c’est 658.000 streams par mois et par membre du groupe qu’il faut obtenir. Cela évidemment n’est valable que si l’artiste n’a pas signé de contrat avec un label, un éditeur ou encore un manager, car avec eux il faudrait partager ses droits.


« Les labels et les ayants-droit accepteront de percevoir des royalties à taux promotionnels » – Spotify

Avec un titre aussi alléchant que « Amplifying Artist Input in Your Personalized Recommendations », qui signifie « faire plus de place au contenu mis en ligne par les artistes dans vos recommandations personnalisées », Spotify allait forcément attirer de nombreuses paires d’yeux sur leur article. Seulement, ce n’est qu’après de nombreuses lignes détaillant le fonctionnement de l’algorithme et comment un artiste peut rentrer dans ses rouages que le couperet tombe. Spotify assure qu’il n’y aura pas à dépenser un euro pour bénéficier de cette mesure… mais qu’au contraire, il faudra accepter d’être moins payé. Une décision qui a fait un tollé général dans toute l’industrie, et qui a soulevé une vague de signatures récoltées dans une pétition lancée par l’UMAW. Cette dernière a rassemblé à ce jour plus de 17.000 signatures.

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16 milliards de découvertes sont réalisées par jour grâce à ce complexe algorithme. Il est donc évident que Spotify souhaite mettre l’accent sur ce dernier et dépenser moins pour continuer de le faire vivre et le faire fructifier. Cependant, lorsqu’une entreprise comme la leur ose revendiquer qu’ils souhaitent « donner l’opportunité à un million d’artistes de vivre de leur art », et qu’ils finissent par statuer que « si les chansons ne réalisent pas de bonnes performances, elles seront rapidement retirées » de l’algorithme, en poursuivant avec « la satisfaction de nos auditeurs est notre priorité », un conflit se dégage.

To ensure the tool is accessible to artists at any stage of their careers, it won’t require any upfront budget. Instead, labels or rights holders agree to be paid a promotional recording royalty rate for streams in personalized listening sessions where we provided this service. If the songs resonate with listeners, we’ll keep trying them in similar sessions. If the songs don’t perform well, they’ll quickly be pulled back. Listener satisfaction is our priority—we won’t guarantee placement to labels or artists, and we only ever recommend music we think listeners will want to hear. – la suite est accessible sur le site de Spotify.


Spotify aurait-il du mal à survivre à la pandémie en cours ?

C’est une question que nous sommes en droit de nous poser, car les contradictions dans les discours de Spotify ne font que s’accumuler. Donner de la voix aux artistes, oui, mais au prix de leur rémunération ? Prioriser la satisfaction de leurs auditeurs, tout en augmentant le prix de l’abonnement mensuel ? Des mesures étranges qui nous laissent perplexes.

Nous continuerons de vous informer sur l’évolution de leurs mesures sur notre compte Instagram.

About the Author: Cloé Gruhier

Rédactrice web depuis plusieurs années, j'ai une passion prononcée pour les musiques électroniques et alternatives. Des envolées synthétiques de Max Cooper aux mélodies et textes introspectifs de Banks, mon radar détecte les nouveautés des scènes indépendantes françaises et internationales, et ce entre deux stratégies de communication pour des labels et artistes indépendants !