Il est toujours agréable d’apprendre à connaître un artiste. Que ce soit au travers de quelques paroles échangées à la radio, entre deux chansons live ou dans un magazine papier, apprendre à connaître qui se cache derrière le pseudonyme et la pochette d’album sur laquelle on clique laisse toujours une impression singulière sur l’auditeur ou le lecteur. On vous parlait récemment d’Alf Moon, un producteur dont la musique oscille entre le downtempo et l’ambient, qui faisait son retour sur la scène musicale après cinq ans d’absence. Sa musique est on ne peut plus émotionnelle et fait appel au subconscient de tout un chacun, faisant naître à la surface de la peau des émotions de tous bords. À l’occasion de la sortie de son album « Rêve Paraiso », nous lui avons posé quelques questions, et si vous avez toujours souhaité savoir comment un artiste compose en coulisses, de nombreuses réponses sont à trouver dans cette interview !

1. Hello Alf Moon ! Merci beaucoup d’avoir accepté de répondre à nos questions. Peux-tu te présenter en quelques mots pour ceux qui ne te connaîtraient pas encore ?

Hello hauméa, un grand merci de m’avoir invité à répondre à vos questions. Alf Moon est un projet né en 2014. Passionné par la musique depuis tout petit, je composais quelques années auparavant sous un autre nom, plus axé « electro-pop ». Puis j’ai voulu explorer d’autres sonorités, m’aventurer dans un style différent, d’où ce changement d’identité musicale.

2. Tu étais très actif sur la scène musicale il y a maintenant 5 ans. Tu as notamment pu te représenter sur scène et sortir divers EPs avec des labels parfois prestigieux – je pense notamment à Egoist Records, l’un des fondateurs du BPM Contest, un tremplin ayant révélé des artistes comme Irène Drésel, Mira Lo ou encore Mila Dietrich. Peux-tu nous raconter cette effervescence des débuts et comment tu as gravi les échelons, pour ainsi dire ?

J’ai eu la chance d’aller en finale du BPM Contest en 2015, ce qui m’a amené à rencontrer les équipes du label, à sortir un EP chez eux, de me produire sur scène. Ils m’ont accompagné dès le début du projet, et je les remercie pour cette confiance. Je sors l’album « Rêve Paraiso » en indépendant, mais peut être que nos routes se recroiseront pour d’autres projets.

3. Je me permets d’aller plus loin sur le sujet en te posant la question de ton absence. Tu as en effet attendu 5 ans avant de sortir « Slowly », un single qui annonçait ton récent album et dont nous avons parlé récemment. Est-ce possible pour toi de nous évoquer les raisons de cette absence, ou plutôt de ce retour à la composition ?

Je n’ai jamais vraiment arrêté de composer, même pendant ces 5 ans d’absence. Je pense que cette période m’a amené à découvrir d’autres styles, une façon nouvelle de produire, aussi. Mais le fait de ne rien sortir pendant un certain laps de temps a aussi généré, inconsciemment, une peur, celle de revenir, d’arriver à toucher les gens, tout en explorant d’autres sentiers. Sortir un projet demande de lâcher prise. Plus le temps avance, plus on se met une certaine pression dans la façon de produire, de communiquer. L’idéal est d’arriver à s’en détacher, pour proposer le travail le plus personnel possible.

Similaire à Alf Moon : Mydgar lève le voile sur un monde faussement dystopique dans son dernier album, intitulé « Vertigo ».

4. Avant que l’on évoque l’album, est-ce qu’en revenant sur le devant de la scène tu sens que tu te diriges vers quelque chose de nouveau ?

Sortir un album est déjà quelque chose d’assez nouveau pour moi. Je ne pourrais prédire la suite. J’ai ressenti un besoin, ces derniers mois, d’exprimer des choses, extérioriser des sentiments.

5. Comme nous évoquions quelques questions plus tôt, tu revenais il y a deux semaines avec « Slowly », un single marqué par les genres electronica et downtempo. Est-ce que tu te sens proches de certains artistes évoluant dans cette veine ? Est-ce que ce sont des genres musicaux qui t’inspirent ?

J’ai été bercé, comme beaucoup, par la scène Française de l’époque, des artistes d’Ed Banger, d’Institubes. Puis j’ai élargi mes influences musicales, je me suis intéressé à la scène techno, puis ambient. Ce mélange d’influences électroniques mène aujourd’hui à cet album, oscillant entre des tracks calmes et d’autres qui pourraient être écoutées en club. J’essaie de retranscrire à ma manière ces influences diverses.

Pour lire notre chronique sur « Slowly » de Alf Moon : Alf Moon revient après cinq ans d’absence avec « Slowly », un titre downtempo aussi glacé que relaxant.

6. Passons maintenant à ton album. Il est intitulé « Rêve Paraiso », et évolue dans une veine relativement progressive, passant aisément de la musique ambiante à la musique downtempo ; plus onirique que tes précédentes sorties, il semble faire état d’une évolution de ta part en termes de composition musicale. As-tu voulu que cet album soit plus calme et réfléchi que tes précédentes sorties ? Ou est-ce qu’au contraire la transition s’est faite naturellement ?

J’ai toujours admiré les albums arrivant à naviguer entre les styles, ne se cantonnant pas un certain genre. Où chaque piste a sa propre identité. J’ai essayé, à travers cet album, d’explorer différentes facettes de la musique électronique. Le format long permet ce genre d’essais ! Le dernier EP sorti en 2016 était très techno. Cette longue absence m’a aussi permis de me recentrer sur certaines sonorités, et d’en découvrir d’autres. Cet album est donc le reflet de toutes ces influences qui m’ont accompagné ces dernières années. Avec l’envie de proposer un voyage, de rêver éveillé.

7. Ton album s’avère, après écoute, être un voyage tantôt calme tantôt accidenté ; lorsqu’on lit entre les lignes, on se rend compte que les noms de certains titres semblent faire écho à des événements plutôt tristes – je pense notamment à « In Loving Memory » mais également à « Siempre Habra Un Adios » (en français : « il y aura toujours des adieux »). Sans vouloir entrer dans le détail, peux-tu nous en dire plus derrière la signification globale des titres des morceaux ?

L’album a été composé entre mars 2020 et mai 2021. Il est le fruit de cette étrange période vécue, où se sont entremêlées diverses émotions, légères ou pesantes, de joie, d’anxiété, de tristesse, aussi. Tout le monde l’a traversé, à sa manière, en réalisant un travail d’introspection, de réflexions sur le passé. Chaque morceau est le reflet, à l’instant T, d’un sentiment vécu. J’ai toujours perçu la musique comme un miroir de nos émotions. Les titres des chansons sont ce qu’ils m’évoquaient, lors de leurs compositions. Décrire à travers des mots des mélodies m’est particulièrement difficile. Tout est une question de ressenti, d’instant. « In Loving Memory » est aussi une référence au titre de Modeselektor, sorti en 2004.

8. Je souhaiterai m’attarder un temps sur certains des titres de l’album, à commencer par « Rêve Paraiso », le titre qui donne son nom à l’album. Certainement le titre le plus mélancolique de toute ta tracklist, il évoque des émotions diverses – le piano et les percussions, par leur répétition et leur régularité, nous cadre et nous calme, tandis que les envolées éparses de synthé ainsi que les échos de voix nous emmène d’emblée sur le territoire des rêves et de la mélancolie. Qu’évoque ce titre pour toi ?

Merci pour cette si belle description. Ce titre est sûrement celui de l’album sur lequel j’ai le plus douté, travaillé, passé des nuits entières à modifier la structure. Ma voix est arrivée très tardivement dans le processus de création. J’avais l’impression qu’il manquait quelque chose, un élément qui permettrait d’ajouter une autre dimension à cette montée progressive. J’ai ressenti le besoin d’intensifier la mélancolie, avec l’effet sur la voix donnant l’impression qu’elle se rapproche de plus en plus, jusqu’à la fin du morceau.

9. Changement de registre plus tard avec « Recuerdos », un titre qui te permet de renouer avec tes précédentes productions plus house et plus électro… bien que ce soit le titre le moins électronique de l’album ! Quel rapport entretiens-tu avec le piano et les percussions ?

« Recuerdos » est en effet le morceau le moins électronique, peut-être le plus accessible aussi, aux sonorités assez pop. Il a d’ailleurs été composé dans les premières semaines du confinement (où malgré le climat anxiogène, j’étais traversé par une certaine curiosité de voir ce que cet isolement allait générer en termes de créativité). J’ai toujours adoré, depuis mon plus jeune âge, les percussions. Je suis du genre à me servir de n’importe quel support ou objet pour créer un rythme. Le piano fait aujourd’hui partie de mon processus de création dans la plupart des morceaux.

10. Enfin, je m’attarde sur « Réminiscence », un titre qui revient sur les fondations ambiantes de l’album, tout en ayant un côté épique et sonnant presque comme un hymne silencieux. On ne peut s’empêcher de visualiser de grands espaces lumineux à l’écoute de ce titre ; sa singularité dénote dans l’album. Peux-tu nous en dire plus sur ce que tu ressentais, ce que tu visualisais en composant ce titre ?

« Réminiscence » est l’un des titres les plus récents. Et peut-être celui qui fut composé le plus rapidement, un soir de mars où j’ai ressenti le besoin d’extérioriser un surplus d’émotions. J’ai hésité jusqu’au dernier moment à le mettre sur l’album, tant il est radicalement différent des autres. Je le vois comme une profonde introspection, une forme de voyage au fond de nos plus vives émotions. À écouter seul, en contemplant un paysage ou en fermant les yeux.

11. Je sais que tu viens seulement de sortir ton EP, mais à quoi peut-on s’attendre dans les semaines à venir pour toi ? Est-ce que tu reprends les lives ? Est-ce que des remixes sont à venir ?

J’aimerais explorer d’autres arts, notamment de mêler ma musique à des créations visuelles. Peut-être des collaborations, ou un nouveau projet pour explorer un autre pan de la musique électronique. Et une envie de présenter cet album en live, et pourquoi pas reprendre les dj-sets.

12. Enfin, dernière question : est-ce qu’il y a un artiste que tu suis de près en ce moment et pourquoi ?

Voici une courte playlist de sons qui m’ont de près ou de loin accompagné sur la composition de cet album !


Alf Moon est à retrouver sur toutes les plateformes de streaming. Vous pouvez également le suivre sur Instagram !

– disclaimer : découvert via MusoSoup #SustainableCurator.

About the Author: Cloé Gruhier

Rédactrice web depuis plusieurs années, j'ai une passion prononcée pour les musiques électroniques et alternatives. Des envolées synthétiques de Max Cooper aux mélodies et textes introspectifs de Banks, mon radar détecte les nouveautés des scènes indépendantes françaises et internationales, et ce entre deux stratégies de communication pour des labels et artistes indépendants !