On a souvent l’image du peuple canadien comme étant un peuple gentil, accueillant et ouvert d’esprit. On peut vous dire avec beaucoup de confiance que c’est le cas, et que le festival M Pour Montréal, qui fêtait son vingtième anniversaire cette année, l’a prouvé à plus d’une reprise, et ce avant même le démarrage du festival en lui-même.
Entre programmation de haute volée et rencontres professionnelles rendues faciles par les temps de rencontres balisés dans le planning du festival, M Pour Montréal s’inscrit parmi les meilleures conventions professionnelles qu’on a eu l’occasion de faire – et de loin.
Retour sur notre expérience, rendue également possible par l’OFQJ (Office Franco-Québécois pour la Jeunesse) qui a rendu notre déplacement possible!
Un seul mot d’ordre : la convivialité.
« Convivialité », c’est le mot qui vient d’emblée à l’esprit du premier au dernier jour du festival.
Ayant fait partie de la délégation OFQJ – Office Franco-Québécois pour la Jeunesse – nous avons été accueillis la veille de l’ouverture officielle du festival pour un cocktail pro intitulé « Fight The Jetlag », qui réunissait tous les accrédité-es internationaux-ales au sein du Café Bravo, porté par le label Bravo Musique, maison de Coeur de Pirate ou encore de Lou-Adriane Cassidy, dont la musique a largement traversé les frontières canadiennes. Ce temps fort a permis aussi bien les rencontres que les premiers concerts d’avoir lieu – nous avons ensuite été accueilli-es au Ministère, salle de concert se trouvant juste à côté (mais dont le chemin était indiqué au sol par des bougies artificielles, « follow the lights! » they said!), concerts nous ayant fait découvrir les lives de Flèche Love et de Billie Du Page.
Autre temps fort : M Pour Mixer, un speed meeting à grande échelle organisé… à l’échelle de l’intégralité du festival. Ainsi, toutes les 10 minutes, chaque accrédité-e enchaînait un total de 8 rencontres, dont la sélection a été faite par l’équipe organisatrice du festival, en fonction des choix des pros mais également de leur connaissance des profils des professionnel-les accrédité-es. Un exercice d’organisation titanesque, mais dont le défi est relevé avec brio ; un temps fort qui facilite les rencontres, d’autant qu’il a lieu le premier jour du festival. Il est donc facile de rencontrer de nouveau les personnes croisées durant ces speed meetings au détour d’un concert ou d’une conférence, et ainsi de poursuivre la discussion entamée lors du speed meeting. On vous l’a dit, l’organisation de cette convention pro est magistrale.
On notera également les nombreux « cocktails pro » organisés aussi bien en matinée que le midi ou l’après-midi, tous coordonnés par des labels, bureaux exports et délégations canadiennes ou internationales. Il est assez facile de penser que toute personne même habituellement allergique au networking trouverait sa place dans un événement comme celui-ci, tant il est simple d’y faire des rencontres.
Enfin, on mentionnera également qu’avant même le démarrage du festival, il était possible de faire des rencontres : si la plupart des conventions professionnelles ont un annuaire, M Pour Montréal va plus loin. Je ne vous dis pas l’agréable surprise qu’à été la découverte de l’onglet « Never Eat Alone », qui renvoie vers un QR code WhatsApp… qui permet de se présenter et ainsi d’entrer en contact avec la plus grande facilité avec le reste des accrédité-es. Vous imaginez vous, un groupe WhatsApp informel avec plein de professionnel-les de la musique dedans? M Pour Montréal l’a donc fait!
La timetable : une organisation hors-pair.
Là où M Pour Montréal est imbattable également, c’est pour organiser les allées et venues des professionnel-les accrédité-es entre les salles de concert de la ville. La majorité des concerts avaient lieu dans le quartier Centre (Downtown) ou du côté du Mont Royal sur le Boulevard St Laurent ; certaines salles, à tout juste 30 mètres l’une de l’autre, permettaient au festival d’alterner les concerts : si vous vous rendiez au Quai des Brumes, vous pouviez lors de la fin du concert vous déplacer à la salle située immédiatement à côté, L’Escogriffe, et profiter d’un autre concert tandis que le changement de plateau avait lieu dans la salle précédente. Il en allait de même pour le Théâtre Plaza et Ausgang Plaza, ou encore la SAT et le Café Cléopâtre.
Une telle organisation permet de ne louper presque aucun concert, aussi car très peu d’entre eux avaient lieu en même temps – rendant l’organisation du déroulé de sa soirée relativement simple. Aussi, tous d’une durée de 25 minutes pour les vitrines officielles, chaque showcase était relativement court, juste assez pour donner l’envie de les revoir en concert dans un format plus long. Certains concerts d’artistes plus implantés – comme Badbadnotgood – duraient quant à eux plus d’une heure.
Aussi, il est important de noter que la programmation donne aussi carte blanche à certains labels ou bureaux exports, rendant la programmation d’autant plus éclectique et qualitative – après « convivialité », l’autre maître mot, c’est « confiance ».
M Pour Montréal : nos coups de coeur musicaux.
Et là où il est impossible de reprocher quoi que ce soit au festival, c’est pour la qualité de sa programmation.
Eclectique à souhait, on alterne aisément entre pop, musiques électroniques, rap hip hop et noise punk ; aussi variée soit-elle, la programmation a un sens, et se réunit sous l’étendard du drapeau Canadien.
Majoritairement issue de la scène québécoise et canadienne anglophone, la programmation présente le futur de la scène canadienne, en mettant l’accent sur des groupes au live prêt à tourner, et à la carrière prête à décoller – au Québec comme à l’international.
NB : Loin de nous l’envie de hiérarchiser les artistes : iels sont classé-es dans l’ordre de leur programmation au festival, et s’iels ont joué parfois plusieurs fois, alors on les présente dans l’ordre où nous les avons vus!
Jashim (Lil Visions)
Combinez reggaeton, musique alternative, vision politique et queerness, et vous obtiendrez Jashim. Après un rapide tour dehors, on remonte les escaliers d’une salle mythique de la ville de Montréal – Les Foufounes Electriques – et l’air est soudainement empli d’une musique post-reggaeton terriblement entraînante. Difficile donc de ne pas tenter de se frayer un chemin parmi la foule assez dense qui se trouve en face de la scène ; on y découvre un-e artiste en tenue de footballeur-euse américain-e accompagné-e d’un DJ qui distille en rythme ses beats. Puisqu’on apprécie tout particulièrement les musiques alternatives et tout ce que la scène latine a à offrir chez hauméa, Jashim a été un coup de coeur immédiat dans la programmation!
Les chanceux-ses ont pu redécouvrir l’artiste quelques jours plus tard sur le festival pour une expérience hybride nommée « Lil Visions XR », offrant une expérience club orientée DJ set et mettant en avant tout l’impact et le côté novateur des sonorités dites du « Sud Global », sur fond d’effondrement civilisationnel.
Un premier album intitulé « Lil Visions » est à venir en 2026!
Virginie B
Direction une autre salle mythique de Montréal, connue internationalement pour sa programmation électronique et ses lives sous dôme : la Société des Arts Technologiques, aussi appelée la SAT. Le deuxième jour du festival nous offre une programmation, au sein de la SAT, justement centrées sur les musiques électroniques ; Virginie B, signée sur le label Bonsound dont la réputation n’est plus à faire, embrasse la scène d’une énergie féminine et irrévérencieuse, le tout sur une musique se rapprochant de l’hyperpop – les kicks ténébreux, qui contrastaient avec la voix feutrée de l’artiste, se voyaient sublimés par un jeu de lumière bleu-rose aux tons néons assumés : une recette magique pour nous faire danser tout en gardant les yeux rivés sur l’artiste.
Avis donc aux fans de musique hyperpop féminine libre et à la direction artistique visuelle poussée, car il semblerait bien que Virginie B coche toutes les cases!
Hologramme
Juste après Virginie B – dont le live de 25 minutes nous a paru bien court – était programmé Hologramme, artiste autoproduit fondateur de son propre label, Société Holographique, dont le roster oscille entre musique électro-techno et musique ambiante. Progressif, son live nous emmène voyager au dessus de terres organiques – matérialisées par des visuels projetés sur les écrans de la SAT, qui se prolongent bien au-delà de la scène – sans perdre de vue l’aspect digital de l’électro, matérialisé musicalement par les rythmiques planantes de ses paysages sonores, et visuellement par le laser qui balaie à grande vitesse les contours des fleurs et des pierres qui se dessinent à l’écran.
Inutile de dire que le live était là aussi trop court, et qu’on a hâte de revoir son live sur un format d’une heure et demie!
Léonie Gray
Changement de registre – on vous a dit que la programmation de M Pour Montréal est éclectique! – ce troisième jour de festival nous emmène dans l’antre d’un magnifique théâtre, dont les sièges ont été retirés pour transformer le lieu en salle de concert. Direction donc le Théâtre Plaza pour une programmation 100% féminine, qui nous amène d’abord à découvrir Léonie Gray. Il n’aura pas fallu beaucoup plus qu’une trentaine de secondes pour être hypnotisé par sa voix, dont l’aspect soul et la justesse nous a donné des frissons tout au long du set. Côté paroles et côté discours qui entrecoupe ses chansons, on entend un message qui oscille entre prise de conscience d’erreurs passées, témoignage d’un ras-le-bol induit par des trahisons amicales, et lettre à une version plus jeune et plus écorchée d’elle-même. Autant dire qu’on a eu l’impression d’entendre un journal intime raconté avec une grande puissance – une ode au self-love et au fait de tenir bon, car la lumière se trouve toujours au bout du tunnel.
Mention spéciale aux musiciennes qui l’accompagnent : sa clavériste et sa batteuse étant toutes deux des femmes. Un détail qui n’en est pas un, et qui souligne d’autant plus la puissance féminine et féministe de ses paroles!
Chiara Savasta
Etait programmée juste après Léonie Gray une artiste montante nommée Chiara Savasta, signée chez Cult Nation, label qui porte aussi les productions de Charlotte Cardin. Dans un registre plus pop-rock, Chiara Savasta – qui rentrait le jour-même d’un voyage à Paris, bravo à elle! – habite la scène d’une énergie qui n’a rien à envier aux plus grandes à qui il serait trop facile de la comparer. Sur une indie pop-rock Y2K, elle raconte les aléas de la vie d’une génération née face aux écrans, dopée aux algorithmes, et vivant des changements de société qui vont plus vite que leur développement naturel. Un témoignage générationnel fort, qui emprunte aux traditions de la scène pop-rock, à savoir un full band sur scène.
M For Mothland : Mulch, Yoo Doo Right… et tout le label Mothland.
Le lendemain, c’est à la Sala Rossa qu’on se rend pour une carte blanche donnée au label Mothland, véritable maison de musique underground et hybride, allant aussi bien du noise punk à de la pop ambiante conceptuelle (oui, on est devenus complètement fans de ce label, attendez-vous à un article complet sur les pépites que compte leur roster dans les jours à venir).
Mothland avait donc carte blanche – dans une soirée intitulée M For Mothland, détournant donc le nom du festival M Pour Montréal – et présente 5 de ses artistes le même soir. Avec une scène placée au centre de la salle et des écrans translucides suspendus permettant des projections visuelles, on arrive dans la salle au milieu du set de Mulch, dont l’énergie brute et le message politique nous fait l’effet d’une bouffée d’air frais. On se souviendra notamment d’un message fort lancé d’une voix rauque avant le dernier morceau : « The money that fonds our art is the same money that funds genocide » – la musique est politique, qu’on le veuille ou non. Inutile de témoigner des applaudissements que ce message a généré!
S’ensuit Yoo Doo Right : les productions instrumentales progressives aux rythmiques qui semblent (in?)directement inspirés d’une marche militaire dissidente emplissent la salle d’une énergie neuve ; les lumières chaudes oscillant entre l’ocre et l’orange, semble matérialiser une fin du monde abstraite, vécue en temps réel et invitant à une reconstruction collective.
Vous l’aurez compris : ce label a la direction artistique exigeante a conquis le festival, et nous avec!
N Nao
Signée également sur Mothland, c’est le dernier jour du festival qu’on a l’occasion de la découvrir sur scène, à la Sotterenea, salle située au sous sol de la Sala Rossa où nous étions la veille. Il s’agit sûrement là de notre plus gros coup de coeur sur l’intégralité de M Pour Montréal : entre musique pop ambiante intimiste en français et performance artistique amenant l’artiste à performer au milieu du public, éclairée par une lampe torche de chantier, N Nao a réussi ce que peu d’artistes réussissent à faire : maintenir le public dans un état de silence approbatif complet. Pas de cris intempestifs, pas d’applaudissements avant la fin d’un morceau ; le temps est suspendu et N Nao en maîtrise le cours.
Pour vous dire : le public est tellement conquis qu’elle revient sur scène pour un dernier morceau où on la voit à la guitare, et le vinyle de son dernier album « Nouveau Langage » est sold out le soir-même.
Avec la voix pour fil conducteur et l’eau pour métaphore filée, les chansons de N Nao témoignent du regard qu’elle porte sur les relations interpersonnelles, et analysent l’impact que ces dernières ont sur elle. On vous présente le dernier morceau de son set (avant le rappel), qui témoigne à notre sens de toute l’intime puissante qui habite chacune de ses productions.
PISS
TW : violences et harcèlement sexistes et sexuel-les (VHSS).
On termine le festival avec un groupe entraperçu en milieu de set aux Foufounes Electriques le premier soir – PISS – groupe ayant donc été programmé à deux reprises au cours du festival.
Il faut voir plus loin que le nom du groupe, car ce groupe originaire de Vancouver et porté par Tay Zantingh est loin d’être ironique : dans l’écrin d’une salle atypique au plafond rappelant celui d’une salle de classe – la Toscadura – PISS embarque le public dans un témoignage de victimes de violences sexistes et sexuelles. Approchant jusqu’à l’univers de la performance artistique et du collage sonore, la lead du groupe prévient l’audience avant de démarrer le concert que le contenu des paroles et des bandes son qui sonorisent les interludes sera cru, et parlera de VHSS. Elle termine son « trigger warning » par « Now I’m gonna yell at you » (= maintenant je vais vous crier dessus), et nous voilà embarqués pour une performance post-punk hybride complète, nous emmenant jusque dans les tréfonds des pensées des victimes de VHSS.
Impossible de bouger. Chaque phrase, chaque cri, chaque arrêt et chaque reprise de la musique nous conquiert, dans le sens féministe du terme. On a l’intime espoir et conviction que chaque spectacteur-ice de ce live aura envie de revivre l’expérience tant elle est cathartique, aussi émotionnellement difficile soit-elle.
« I myself favor violence, deeply » – PISS.
On remercie encore chaudement l’OFQJ pour nous avoir permis de nous rendre sur le festival, ainsi que toute l’équipe de M Pour Montréal, toustes les artistes pour avoir fait du festival ce qu’il est musicalement, et toutes les équipes qui accompagnent ces artistes au quotidien.
Et qui sait, peut-être à l’année prochaine?
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