Vous en avez certainement entendu parler ces derniers mois : les NFTs font en effet exploser l’industrie musicale à l’heure où vous lisez ces lignes. Cependant, lorsque vous avez vu Grimes, Aphex Twin ou encore Jacques, Booba et Etienne de Crécy en France vendre certains produits digitaux – chansons, art ou encore vidéos – sous forme de NFT sur des plateformes dédiées, vous vous êtes très certainement demandé-e-s de quoi il s’agit exactement.

Les NFTs sont des « Non Fungibles Tokens » ou « Jetons Non Fongibles« , un nom d’apparence complexe qui en réalité correspondent à des certificats d’authenticité (des « smart contracts ») qui prouvent que vous êtes le ou la seul-e détenteur-ice d’un produit digital.

Or, un produit digital – une photo, une vidéo, un fichier mp3 – est par nature intangible. Cela semble donc contradictoire d’être en mesure de « détenir » une vidéo accessible par tous-te-s sur internet… et pourtant, c’est possible. Comment ? Grâce à la technologie blockchain, la même technologie qui régit les cryptomonnaies que sont le Bitcoin, l’Ethereum et bien d’autres.

Alors, que sont les NFTs exactement ? Comment en acheter ? Quelles sont les plateformes qui régulent leurs ventes ? Et surtout, en quoi ces « tokens » peuvent changer la manière de consommer les produits issus de la création artistique et musicale ? Réponse dans notre reportage.

Table des matières :

  1. Les NFTs : que sont-ils et d’où viennent-ils ?
  2. En quoi les NFTs peuvent influencer l’industrie musicale ?
  3. Où peut-on acheter des NFTs aujourd’hui ?

– Elon Musk a mis aux enchères un clip vidéo pour l’un de ses titres dont le sujet n’est autre que les NFTs, avant de se rétracter quelques heures après son annonces, et après une mise aux enchères évaluée à plusieurs millions de dollars.

Les NFTs : que sont-ils et d’où viennent-ils ?

Les NFTs : ces produits digitaux vendus sur la blockchain qui s’arrachent et se vendent des centaines voire, parfois, des millions de dollars. Si le phénomène a pris une ampleur exponentielle ces derniers mois – le chiffre d’affaires du secteur des jetons non fongibles s’élevant à 13 milliards en 2021 selon une enquête du Figaro, un marché qui s’élevait à 33 millions de dollars en 2020 – toutes les industries créatives s’en sont emparées, y compris l’industrie musicale.

Mais qu’est-ce qu’un NFT exactement ?

Un NFT, c’est un contrat, un titre de propriété qui atteste que vous êtes le ou la propriétaire d’un fichier digital que vous avez acheté avec de la cryptomonnaie. Principalement vendus sur des plateformes qui utilisent l’Ethereum (ETH) pour monnaie d’échange, il est nécessaire d’ouvrir un portefeuille de cryptomonnaies pour en acheter, ce qui rend ces produits complexes de prime abord.

Les NFTs se vendent sous plusieurs formes : fichier audio, extrait vidéo, photographie ou même fichier JPEG, tout ce qui peut correspondre à un fichier digital peut se vendre sous forme de NFT, pour des sommes allant de quelques euros à plusieurs millions. Côté musique, ce sont des extraits de clips, des vidéos de live, des éditions limitées de titres ou encore des oeuvres exclusives et uniques qui ont pu se vendre, pour ne citer que quelques exemples – et c’est toute l’industrie musicale qui s’empare de ce phénomène, des plus grandes stars comme Grimes ou Booba aux artistes émergent-e-s comme Jacques ou encore Thérèse.

Mais pourquoi vouloir être le propriétaire d’un fichier qui se retrouve distribué partout sur le web ?

Pour la simple et bonne raison que ce fichier rend ce que vous achetez unique. De la même manière que lorsque vous achetez un vinyle signé de la main de votre idole et que cette dernière vous l’a même dédicacé, le fichier que vous achetez sous forme de NFT sur la blockchain est unique, et vous en êtes le ou la seul-e propriétaire une fois la transaction effectuée.

Alors, effet de mode ou réelle révolution dans le monde de l’art, de la culture et du web ?

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– le NFT de Beeple, vendu près de 70 millions de dollars en mars 2021.

Pour mieux comprendre le phénomène des NFTs, il faut remonter à ses origines. Les NFTs existent depuis plusieurs années déjà : connus dans un premier temps de la communauté blockchain des premiers jours sous le nom de « cryptokitties », ils sont devenus mainstream au fur et à mesure que la communauté artistique (entendre par là : les artistes d’art contemporain comme l’artiste Beeple) se sont emparés d’eux. Vendus parfois à plusieurs millions de dollars, les acheteur-euse-s, collectionneur-euse-s et même traders de cryptos sur la blockchain s’arrachent ces fameuses créations.

Aujourd’hui, parmi les NFTs qui se vendent plusieurs centaines de milliers d’euros ou de dollars, il y a notamment ceux du groupe Bored Ape Yacht Club, mais également, en France, les NFTs de Booba, des cartes digitales qui dévoilaient une par une le nouveau titre du rappeur, et qui se sont vendues au total à plus de 160.000 euros cumulés !

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– le Bored Ape Yacht Club, ce groupe de musique dont les NFTs s’arrachent aux quatre coins de la planète

Ceci dit, il n’y a pas que l’art qui se vend sous forme de NFT, certaines vidéos cultes des années 2010 se vendent de cette manière également : l’artiste Getter et Nick Colletti ont décidé de mettre aux enchères une vidéo qui a circulé plusieurs millions de fois sur le web… en 2015. Dans un registre plus ironique, Ja Rule a décidé de vendre le tweet culte de Trevos DeHaas dans lequel ce dernier partageait la catastrophe culinaire qu’était la nourriture du Fyre Festival. Blague réfléchie ou coup de com’ ? Difficile à dire, sachant qu’il avait d’ores et déjà vendu de la même manière la peinture à l’huile qui représentait le logo du festival, pour la somme astronomique de $122.000. La preuve en est que tout peut se vendre à partir du moment où cela a été posté sur Internet, qu’il s’agit d’un produit digital, et que vous en êtes le propriétaire originel.

En quoi les NFTs peuvent influencer l’industrie musicale ?

Pour certain-e-s, ils représentent un effet de mode, pour d’autres, ils représentent un véritable bouleversement dans le monde de la musique. Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : la révolution technologique qui est derrière la blockchain permet de recréer deux choses difficiles à reproduire avec le modèle actuel du streaming : la création de rareté (NFTs en édition limitée voire en unique exemplaire), un meilleur traçage de la propriété et ainsi des ayants-droit, et par dessus tout, un moyen pour les artistes indépendant-e-s de bénéficier d’une source de revenus alternative plus sûre que celle du streaming.

Les NFTs rendent de nouveau la musique collector

Bien que très convoités par l’industrie musicale, les NFTs en sont encore à leurs balbutiements ; s’il est difficile de savoir l’impact que les NFTs auront sur l’industrie musicale à moyen et long terme, une chose est sûre : ils permettent de créer de nouveau de la rareté en introduisant de nouveau une notion de propriété et d’édition limitée dans la musique, notion que l’on avait perdue avec le streaming, qui donnait accès à tous-tes de manière illimitée à la musique en ligne.

Ainsi, de la même manière que vous collectez des vinyles ou du merchandising de vos artistes préféré-e-s, vous pouvez collecter des NFTs de sorte de recréer votre collection de disques… en digital, et en soutenant directement les artistes que vous écoutez – chose qui, là aussi, a disparu avec le streaming, bien que quelques changements ont été perçus chez Tidal ou encore SoundCloud l’année dernière.

Alors, doit-on y voir aussi bien un retour en arrière comme un bond en avant en termes de business model de la musique ? L’envie d’y voir un véritable bon en avant est là, et ce pour la fluidité que cela pourrait apporter en terme de gestion des droits, de rémunération artistique mais également de monétisation d’une fanbase existante, transformant ainsi une activité artistique en métier pérenne.

La technologie blockchain : une « nouvelle Sacem » ?

Parmi l’immense variété de NFTs que l’on retrouve aujourd’hui sur le web, certains d’entre eux permettent aux artistes de céder une partie de leurs droits d’enregistrements – ceux qui génèrent des royalties et qui sont habituellement collectés par les producteur-ice-s des oeuvres, à savoir l’artiste ou le label dans certains cas. Si l’artiste est et restera toujours l’auteur-ice de son oeuvre, iel peut céder, s’iel le souhaite, une fraction de ses royalties à ses fans, en leur faisant signer un contrat de cession certifié par la blockchain, et qui dont atteste de leur propriété.

C’est pourquoi certain-e-s voient la révolution de la blockchain et des jetons non fongibles comme une « nouvelle Sacem », pour citer les mots de l’économiste Nathalie Janson issus d’une interview donnée pour Le Figaro. La blockchain pourrait en effet, à terme, faciliter le tracking des droits et des exploitations des oeuvres… une mesure souvent contestée cependant car la cession des droits via la blockchain se fait de manière permanente – il n’est pas possible pour des raisons techniques de supprimer quelque chose de la blockchain – et donc ces artistes qui procèdent ainsi se privent de sources de revenus futurs en cédant leurs droits dès la sortie de leurs titres.

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– la marketplace NFT française Pianity collaborait avec Groover Obsessions, l’accélérateur d’artistes de Groover

Fanbase et création de communauté : comment la blockchain rapprochent les artistes de leurs fans.

Les avis sur les NFTs sont pour le moins extrêmement divisés : certain-e-s crient aux effets néfastes du capitalisme qui déteint sur la création artistique, d’autres y voient une révolution qui permettrait aux artistes indépendant-e-s de bénéficier d’une nouvelle source de revenus peut-être plus sûre que celle du streaming – qui, rappelons-le, ne rapporte que moins d’un centime d’euro par stream sur la plupart des plateformes de streaming, à commencer par le géant Spotify.

Mais, en dépit de toutes les critiques qui peuvent exister à l’encontre des NFTs, une chose est certaine : ils donnent aux artistes la possibilité de s’exprimer artistiquement, de monétiser différemment leurs contenus, d’offrir du contenu exclusif à leurs fans, et même de se rapprocher d’elles & eux. Cela tient notamment à l’immense variété de NFTs qui peuvent être vendus sur la blockchain, mais également de leur adaptabilité aux exigences artistiques des artistes qui décident d’en vendre. Et comme il est possible d’associer au NFT des avantages réels comme un accès à des concerts à vie ou encore du merchandising, par exemple, les possibilités de se rapprocher de ses fans grâce à ces nouvelles technologies sont quasi infinies.

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Et les NFTs attirent aussi bien les artistes que leurs fans. Et à l’heure où les artistes cherchent à vivre de leur musique, les NFTs semblent offrir une alternative aux revenus du live, plus qu’incertains à l’heure d’une pandémie mondiale, et aux revenus du streaming, qui bien souvent sont trop peu rémunérateurs en début de carrière. Une révolution est peut-être belle est bien en marche pour les artistes émergent-e-s dans le monde entier !

XLR8R NFTs

– le média XLR8R a lancé XNFT, sa propre plateforme dédiée à la vente de NFTs d’artistes de musique électronique.

Où peut-on acheter des NFTs aujourd’hui ?

Rarible, Opensea, Foundation… les poids lourds de la vente de NFTs, toutes catégories artistiques confondues.

La plupart des poids lourds dans la vente de NFTs sont des plateformes qui sont exploitées par des artistes et acteur-ice-s issus de domaines artistiques variés : musique, art contemporain, audiovisuel… les domaines représentés sur ces plateformes sont nombreux ; Opensea reste l’un des leaders incontestables de la vente de NFTs dans le monde.

Si Foundation a été privilégiée par des artistes comme Aphex Twin ou encore Pluko, en France, Rarible a été exploitée par l’équipe du label de Jacques – Recherche & Développement – et a permis ainsi d’organiser la vente des droits associés… à chaque seconde du titre « Vous ». Cette opération d’ordre plus artistique qu’administratif a permis à Jacques de partager son oeuvre musicale avec ses fans – et d’offrir divers avantages en plus de ces droits – avec plus de 280 ayants-droit, parmi lesquel-le-s on retrouve parfois des artistes de renom, comme l’artiste Agoria.

Dans d’autres registres musicaux, ce sont Etienne de Crécy ou encore Booba qui se sont emparés du phénomène NFT, vendant sur diverses plateformes des extraits de leurs musiques ou de leurs clips ; au fur et à mesure que les NFTs étaient achetés par leurs communautés de fans, le titre et le clip se dévoilait en exclusivité pour les acheteur-euse-s. Des opérations de plus en plus en vogue et que les grandes marketplaces comme Foundation ou Rarible ont l’habitude d’organiser.

XNFT, Pianity… les spécialistes de la vente de NFTs musicaux.

Parmi les newcomers en matière de marketplace NFT spécialisées musiques, il y a la plateforme et média XLR8R, prescripteur de tendances dans le monde des musiques électroniques, qui a lancé sa propre plateforme dans le courant du mois d’Avril 2021. Elle est entièrement dédiée à la vente de NFTs d’artistes et de producteur-ice-s de musiques électroniques, une manière pour XLR8R d’affirmer haut et fort sa volonté de rassembler toute une communauté d’amateurs de ce genre musical.

En France, c’est Pianity qui mène la danse et qui s’affirme en leader auprès des artistes émergent-e-s de la scène française. Inaugurée en juillet 2021, la plateforme permet aux artistes ainsi qu’aux labels de vendre des éditions limitées des titres qu’ils mettent en ligne sur les plateformes de streaming, avec pour mot d’ordre de reverser la grande majorité de la somme obtenue aux artistes et ainsi les rémunérer à leur juste valeur.

Le monde des NFTs attirent de plus en plus de fans, de collectionneurs mais aussi d’aspirant-e-s traders habitué-e-s des marketplaces de cryptomonnaies. Les institutions de la musique commencent également à s’y intéresser de très près, des acteur-ice-s du streaming et de la distribution comme IDOL s’y intéressant tout particulièrement. La Sacem se penche également sur la question des NFTs, et de manière globale, une tendance à la fusion entre les plateformes de vente et les plateformes de streaming semble pointer le bout de son nez : Kevin Primicerio, co-fondateur de la plateforme Pianity, affirmait cette volonté dans l’enquête du Figaro citée plus haut. Peut-être sommes-nous à l’aube d’un nouveau bouleversement profond de l’industrie musicale mondiale !


Quelques sources qui ont aidé la rédaction de cet article et si vous souhaitez en apprendre plus sur les NFT :

About the Author: Cloé Gruhier

Rédactrice web depuis plusieurs années, j'ai une passion prononcée pour les musiques électroniques et alternatives. Des envolées synthétiques de Max Cooper aux mélodies et textes introspectifs de Banks, mon radar détecte les nouveautés des scènes indépendantes françaises et internationales, et ce entre deux stratégies de communication pour des labels et artistes indépendants !