On a vu ces deux dernières semaines que la distribution musicale est un milieu vaste ; une réelle dichotomie s’opère dans ce monde. Entre les artistes indépendant.e.s émergent.e.s qui débutent à peine leur carrière, et les artistes plus confirmé.e.s qui, elles & eux, font le choix de travailler avec un distributeur afin de s’ouvrir de nouvelles portes, les profils d’artistes sont presque opposés.

Cependant, comme toute l’industrie musicale, la distribution est soumise à de nombreux changements qui voient les frontières entre ces deux mondes se brouiller ; Wiseband, depuis son changement d’identité en 2012, a fait le pari d’offrir aux artistes qui souscrivent à leurs offres de bénéficier aussi bien de services d’agrégateurs que de services similaires à ceux d’un distributeur digital traditionnel – comme IDOL que nous vous présentions il y a une semaine.

Pour comprendre un peu mieux ce choix hybride et les avantages qu’une telle solution procure aux artistes émergent.e.s, nous avons posé des questions à David Raimbaud, directeur de la distribution chez Wiseband.

Wiseband distribution digitale agrégateur Spinnup TuneCore Distrokid Ditto iMusician IDOL Believe The Orchard

hauméa : Bonjour David, et merci beaucoup d’avoir accepté de répondre à nos questions aujourd’hui ! Pour commencer, pouvez-vous nous en dire plus sur ce qui a amené à la création de Wiseband ?

Wiseband : Alors Wiseband vient d’un ancêtre qui s’appelle Yoozik, qui était tenu par Henri Pierre Mousset. Au début des années 2000, il était le directeur du label Yotanka, et il s’est mis à commencer à vendre des articles de groupes du label en ligne à travers les premières boutiques en ligne, et il s’est dit qu’il y avait quelque chose à développer autour de ça. Il a donc lancé une activité de mise en place de boutiques pour des groupes. Et il y a un engouement qui commençait à se mettre en place. Pour aller plus loin, vendre sur internet des articles, donc savoir vendre sur les plateformes qui se lançaient à l’époque, donc iTunes, les premières versions de Spotify à l’époque, c’était important. Ça a permis l’ouverture des premiers contrats avec les majeures parties des plateformes numériques, et qui ont commencé à distribuer des artistes en plus de vendre leurs articles en ligne. La raison de la création de Wiseband c’était de pouvoir donner le pouvoir aux artistes, pour qu’ils puissent se distribuer par eux-mêmes, sans avoir d’intermédiaire. Donc Henri Pierre Mousset a créé Yoozik en 2008, 2009, et ça été renommé Wiseband en 2012, et moi je travaille chez Wiseband depuis 2014. Il a fallu du temps pour trouver la bonne formule, et que le marché soit prêt aussi à accepter ce genre d’artistes.

hauméa : Et est-ce que vous ressentiez un manque dans le monde de la distribution au moment de sa fondation ? Ou est-ce que vous avez adapté votre offre aux artistes & labels avec le temps ?

Wiseband : En fait, la distribution est un marché qui évolue très vite, donc on s’est toujours adaptés aux changements, et même à l’ouverture des nouvelles plateformes. Au début je pense qu’on s’est adaptés en fonction des besoins des artistes : ils nous disaient avoir besoin d’être sur telle et telle plateforme, donc on faisait en sorte de signer des contrats avec ces plateformes-là. Et ça a toujours beaucoup évolué au fil du temps.

Et puis il ne faut pas oublier qu’on s’est lancés à un moment où il n’y avait pas beaucoup de distributeurs. On a eu l’avantage de signer des contrats en direct avec toutes ces plateformes, ce qui est aujourd’hui quasi impossible en réalité. Il y a beaucoup de distributeurs qui se lancent mais qui signent un partenariat avec un autre distributeur entre les deux. Tous les nouveaux distributeurs qui arrivent, ce n’est que ça depuis quelques années.

hauméa : Je parlais il y a deux semaines sur le magazine d’agrégateurs – donc de sociétés comme TuneCore, Ditto, Spinnup et plus encore – et de distribution musicale pour artistes émergent.e.s en général. L’offre de Wiseband semble assez hybride : sur le site vous listez des offres comme un agrégateur le ferait et avez différentes formules de prix, mais vous offrez aussi des services plus classiques de distribution, comme la mise en avant auprès de curateurs de playlists. Peux-tu nous en dire plus sur vos offres & corps de métiers chez Wiseband ?

Wiseband : Oui comme tu dis on est agrégateur, donc on est ouverts à tout le monde, n’importe qui peut distribuer sa musique chez nous. Après on s’est spécialisés depuis 5 ans – c’est notamment moi qui ai lancé cette partie-là – dans la mise en avant auprès de playlists, en se posant la question de « comment faire grossir l’audience de nos artistes » en fait. Et comment faire aussi pour travailler avec de plus gros artistes, aussi. Pour ce faire il a fallu qu’on mène des actions marketing auprès des platformes, et trouver des playlists pour les lancements de singles. Donc on a une partie agrégation – où tout le monde peut distribuer – mais on a quand même une centaine de sorties par semaine, donc quand on sent qu’il y a un potentiel, qu’il y a un morceau qui peut valoir la peine d’être défendu auprès de playlists, on va rentrer en contact avec l’artiste ou son groupe pour proposer un service supplémentaire, qui n’est pas nécessairement payant, puisque notre business model, c’est une rémunération à la commission, où l’on va être autour de 15% sur une structure de type label.

Lire la première partie de notre reportage : La distribution musicale – part 1 : Une sphère de métiers méconnue dans l’industrie musicale

hauméa : Mais alors, comment vous sélectionnez les artistes que vous allez pousser auprès des plateformes, parce qu’une centaine de sorties par semaine c’est beaucoup ! Comment est-ce que vous analysez le marché, est-ce que vous avez une visibilité sur les statistiques de l’artiste, ou est-ce que c’est le fruit d’une relation directe avec l’artiste ou le label ?

Wiseband : Alors on a des clients historiques, des labels avec qui on travaille depuis longtemps et qui sont un gage de qualité. Parce que c’est ça notre premier repère c’est la qualité de la musique. Après y a tout une question d’anticipation, il y a pas mal d’artistes qui viennent vers nous aujourd’hui en nous disant que ça sort dans trois jours, donc ça évidemment on ne va pas pouvoir travailler ce genre de projets. C’est comme pour toi, en relations presse web, si tu n’as pas un peu de délai, tu ne vas pas pouvoir communiquer dessus. Donc l’anticipation c’est essentiel, c’est un élément de décision qui nous permet de savoir si on va pousser ou pas une sortie. Et enfin dernier élément, on va regarder si l’artiste nous a fourni – ou le label – un maximum d’éléments : la bio en anglais et en français, des photos HD… pour que nous on puisse présenter au mieux le projet aux plateformes et être les plus convaincants possibles. Si on a peu d’éléments, ça peut être compliqué pour nous d’amener des playlists à l’artiste. 

hauméa : Donc le fait que ce soit un artiste émergent, ce n’est pas quelque chose qui vous empêche de pousser le titre nécessairement ?

Wiseband : Non au contraire, on voit même que quand un projet est nouveau, on voit même qu’il y a une petite excitation du côté des plateformes, ils aiment bien recevoir de nouveaux projets. Donc quelqu’un qui n’a encore rien sorti et qui a un super premier single, ça peut même l’aider des fois à se démarquer.

hauméa : C’est intéressant comme retours parce que je sais que certains distributeurs, qui ont notamment de très gros portefeuilles d’artistes, jouent beaucoup sur le côté sensationnel et populaire des projets qu’ils présentent aux plateformes. Donc c’est intéressant d’entendre le point de vue presque inverse, finalement, de ce qui peut se faire ailleurs dans le milieu. C’est un bel argument aussi pour attirer des artistes vers vous même ! 

Wiseband : Il faut dire qu’il y a aussi dans nos têtes, je pense que c’est une valeur qu’on a tous dans la boîte, c’est de se dire qu’on ne sait pas qui va percer demain, mais qu’on va défendre les projets de la même façon, qu’ils soient petits ou grands, on va les défendre avec la même énergie. 

hauméa : Quels types d’artistes et de labels qui signent chez vous ? Et comment ça se passe en terme de processus pour qu’un artiste ou label signe avec Wiseband ? Parce qu’entre les agrégateurs et les distributeurs les processus ne sont pas forcément les mêmes.

Wiseband : Pour le processus, une fois que l’artiste ou que le label souscrit à un compte chez nous – on a une formule artiste et une formule label – on édite un contrat de distribution numérique. Par contre on n’a pas d’exclusivité. Et aussi, pour beaucoup de distributeurs, si au bout d’un an tu ne renouvelles pas ton compte, ils font disparaître le morceau des plateformes. Nous on ne fonctionne pas comme ça, si l’artiste ne renouvelle pas son contrat, sa musique reste en ligne. Et on trouve ça normal.

Ensuite, niveau style de musique, on a tous les styles. Et de partout dans le monde également. Notre société est française mais on a beaucoup d’artistes aux Etats-Unis, en Amérique du Sud, en Inde, en Afrique et notamment au Maghreb… c’est assez international. Et notre typologie d’artistes consiste de beaucoup d’artistes auto-produits, donc des gens qui veulent prendre le contrôle de leur carrière. D’ailleurs dans les success stories qu’on a, ce sont des artistes qui se produisent par eux-mêmes. Parfois même ils se sont fait avoir dans des contrats pas très nets à droite à gauche, et ils veulent reprendre la main sur le processus.

hauméa : Et est-ce qu’en plus des services que vous activez pour les artistes et labels, est-ce que vous avez une palette de service plus larges, additionnels j’ai envie de dire, que vous activez pour certains artistes ? Je pense notamment aux activités de merchandising que vous avez développées, est-ce que ça rentre justement dans ce cadre ?

Wiseband : Alors oui, donc il y a deux services un peu connexes, donc il y a le merchandising qui est un service à part qui est facturé, en fonction de leurs besoins, s’ils doivent fabriquer des vinyles, ou des objets de merchandising en tous genres. Et en parallèle, dans tout ce qui touche à la promotion, on a une équipe marketing qui va s’occuper de campagnes YouTube, de campagnes sur Spotify, sur Deezer d’acquisition d’audience. Donc on fait pas mal de choses, mais ce sont des services qui sont additionnels, qui ne sont pas compris dans le compte artiste. 

hauméa : Donc finalement c’est en fonction de la volonté de l’artiste, si lui souhaite faire plus, que vous activez ces services finalement.

Wiseband : Voilà exactement.

hauméa : Et pour revenir sur votre activité principale qu’est la distribution – et c’est une question que j’ai posée à Sylvain Morton, le directeur de la distribution chez IDOL la semaine dernière – à quel moment de la vie d’un artiste est-il utile de passer par un distributeur ?

Wiseband : Alors déjà pour se lancer, il y en a plein qui commencent avec des services comme TuneCore, mais pour passer un cap dans le développement de carrière, il arrive un moment où c’est bien de s’entourer avec une équipe qui peut t’aider à élargir ton audience, à trouver ton public, et pour faire ça, tu n’as pas trop le choix au bout d’un moment que de travailler avec une équipe de distribution. et ça c’est parce qu’un artiste seul ne peut pas assurer la mise en playlist sur toutes les plateformes, par exemple. Donc rester indépendant sans que quelqu’un ne travaille le développement web – alors c’est possible hein – c’est difficile. S’il n’y a pas une équipe qui puisse bien travailler le monde de l’image… aujourd’hui si tu veux trouver un tourneur, ne serait-ce que ça, ils vont regarder tes statistiques ! Donc être entouré de personnes compétentes là dessus ça me paraît inévitable.

hauméa : Et est-ce que tu recommandes à un artiste de passer par un distributeur à un moment précis de sa carrière ? Est-ce qu’il y a un moment pivot, une étape charnière pour le faire ?

Wiseband : Alors je pense que c’est à un artiste de se dire si LUI il a envie de passer à l’étape supérieure. Est-ce qu’il a envie de se donner les moyens de sa musique ? Je pense que c’est ça qui détermine le moment, parce que quand tu commences à percer un petit peu, là bien sûr que tu dois passer par un distributeur parce que tu commences à grossir et quand tu commences à grossir tu as une équipe. Mais le moment je pense que c’est l’artiste lui-même qui le déclenche dans sa tête. Il se dit qu’il a envie d’aller plus loin, il sent que c’est son truc, sa passion, et il a envie de la pousser. Ou alors tu ne restes que sur SoundCloud. Mais sa musique elle a envie de rencontrer un public, et si lui a envie de rencontrer un public alors il faut travailler avec un distributeur. 

hauméa : Enfin, comment est-ce que vous voyez le futur de la distribution musicale ? Le streaming se développe beaucoup mais en même temps semble perdre en popularité chez les artistes qui semblent tant vouloir percer sur TikTok ou au contraire se tourner vers des moyens beaucoup plus modernes comme les NFTs et même les métavers. Quelle place aura la distribution demain dans la vie des artistes ?

Wiseband : En fait, la distribution pure et dure, le côté technique, on voit bien qu’on peut tous le faire. On propose plus ou moins tous la même chose. Après le futur, en tout cas nous on s’est développés dans ce sens depuis deux ans, on se pose la question de comment on accompagne les artistes, et ça passe aussi par trouver le morceau, le mood qui va bien marcher sur TikTok ! Leur ouvrir le réseau des influenceurs – je pense même que notre métier va même se transformer plutôt en agence artistique de conseil. On ne peut pas juste distribuer la musique, sinon je pense qu’on ne serait déjà plus là de toute façon. Nous, notre métier, ça va être de gérer les données qu’on reçoit pour accompagner au mieux les artistes et les conseiller. 


Retrouvez Wiseband sur leur site internet ainsi que sur Instagram.

About the Author: Cloé Gruhier

Rédactrice web depuis plusieurs années, j'ai une passion prononcée pour les musiques électroniques et alternatives. Des envolées synthétiques de Max Cooper aux mélodies et textes introspectifs de Banks, mon radar détecte les nouveautés des scènes indépendantes françaises et internationales, et ce entre deux stratégies de communication pour des labels et artistes indépendants !